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Avec « seulement » 554 787 entrées dans l’Hexagone, Hurlevent n’a pas été le raz-de-marée attendu. Mais avant même son tournage, Emerald Fennell et Margot Robbie avaient fait un choix révélateur : préférer Warner et une sortie en salles aux quelque 150 millions de dollars proposés par le tout-puissant Netflix.
Un pari qui prend tout son sens avec cette sortie vidéo. Photographié par Linus Sandgren, le film a été tourné en 35 mm VistaVision, un procédé historique utilisant une surface de pellicule plus importante que le 35 mm conventionnel. Pour le dire de manière moins barbare : le long-métrage est de toute beauté. Entre les paysages, les costumes de Jacqueline Durran et les décors de Suzie Davies, Hurlevent a été pensé comme un objet très visuel où chaque plan est millimétré. Trop, peut-être : certains ont critiqué son aspect « publicité pour parfum »… Une remarque sévère, bien qu’entendable.
On n’adapte pas un livre sans casser des œufs (littéralement)
Ceux qui découvrent le film à domicile doivent toutefois être prévenus : Emerald Fennell ne signe pas l’adaptation la plus fidèle des Hauts de Hurlevent. Sa version pousse beaucoup plus loin la dimension charnelle de la relation entre Catherine, incarnée par Margot Robbie, et Heathcliff, joué par Jacob Elordi. Plusieurs scènes intimes sont des inventions du film : le roman de 1847 est passionnel et violent, mais jamais aussi explicite. Petit spoiler : vous ne verrez plus jamais les œufs de la même manière après avoir vu le film… Déjà que Call Me by Your Name nous avait vaccinés contre les pêches !
Surtout, le film s’arrête à la mort de Catherine. Chez Emily Brontë, l’histoire est alors loin d’être terminée et prend même une nouvelle dimension après ce décès. Le livre poursuit Heathcliff dans sa vengeance et raconte la génération suivante, avec des enfants qui héritent des passions et des haines de leurs parents. Pour qui découvre l’histoire avec le film, lire le roman revient donc presque à découvrir une suite et à prolonger la vie de ses personnages. Le même conseil vaut pour Chien 51, dont le roman de Laurent Gaudé va plus loin que le film.
Un Hurlevent différent mais assumé
Cette nouvelle vision du récit se retrouve jusque dans les décors. On l’a dit plus tôt, c’est très beau, si bien que certains ont parfois cru voir les behind the scenes d’une publicité. Et ça aussi, c’est très assumé : la cheffe décoratrice Suzie Davies ne cherchait surtout pas à reconstituer sagement le Yorkshire du XIXe siècle. Les proportions sont volontairement faussées, les textures très exagérées et certains matériaux parfaitement anachroniques, un peu comme pouvait le faire Sofia Coppola dans son Marie-Antoinette, en glissant à sa guise Converse et musiques contemporaines. À Thrushcross Grange, la demeure d’Edgar, les fenêtres sont ainsi légèrement trop grandes et les pièces étrangement proportionnées. Plus étonnant encore, la maison de poupée visible dans le film n’a pas été fabriquée d’après le décor : c’est le décor qui a été conçu à partir de la maison de poupée ! Une façon supplémentaire de donner l’impression d’un monde magnifique, mais jamais tout à fait normal, oscillant entre romantisme et gothique.

C’est la même volonté avec les acteurs. Emerald Fennell préférait pousser ses interprètes trop loin avant de revenir éventuellement en arrière. Interviewée par le Los Angeles Times, Margot Robbie raconte ainsi que, lors d’une scène, la cinéaste lui demandait d’abord de jouer comme dans un film d’époque très sage, avant de lui demander de recommencer « comme Ursula, la sorcière des mers ». Et c’est bien une partie de cette seconde interprétation qui s’est retrouvée dans le montage final.
Une deuxième chance en 4K
Très partagé à sa sortie, Hurlevent gagne sans doute à être regardé non comme une adaptation religieusement fidèle, mais comme une relecture gothique, sensuelle et très personnelle de Brontë. L’édition vidéo permet justement d’entrer davantage dans les choix d’Emerald Fennell, avec notamment son commentaire audio et des sujets consacrés aux costumes, aux décors et à son rapport au roman.
Et si Anthony Willis signe la partition du film, Charli XCX en prolonge l’univers avec ses chansons originales inspirées de Wuthering Heights. Si vous avez TikTok, vous connaissez forcément « House », ce titre teinté de noirceur, aux accents presque apocalyptiques. Eh bien, il a justement été composé pour le film ! Et croyez-nous : l’entendre devant le long-métrage lui donne une tout autre dimension…
Questions fréquentes
C'est quoi l'histoire de Hurlevent ?
Recueilli enfant par M. Earnshaw dans les landes du Yorkshire, Heathcliff grandit auprès de Catherine, la fille de la maison. Leur attachement devient un lien absolu que les conventions sociales rendent impossible : Catherine épouse un riche voisin, Heathcliff disparaît puis revient enrichi et décidé à se venger. Le film suit cette trajectoire jusqu'à la mort de Catherine.
Quelle est la différence entre le livre et le film Hurlevent ?
Trois différences majeures. Le film s'arrête à la mort de Catherine, alors que le roman poursuit sur toute une seconde génération. Il recentre l'histoire sur le couple principal en réduisant les personnages secondaires. Et il ajoute des scènes intimes explicites qui n'existent pas dans le texte de 1847.
Est-ce que le film Hurlevent est bien ?
Cela dépend entièrement de ce que vous en attendez, et les notes le montrent : 2,4/5 côté presse française, 2,8/5 côté spectateurs, mais 71 % de critiques positives sur Rotten Tomatoes. C'est un film esthétique et charnel, assumé comme tel, qui prend de grandes libertés avec le roman. Les amateurs de dark romance y trouveront leur compte ; les lecteurs fidèles à Emily Brontë beaucoup moins.
Le film convient-il à un jeune public ?
Non. Hurlevent est classé dans les genres drame, romance et érotique, et contient des scènes explicites ajoutées par rapport au roman. Ce n'est pas un film à programmer en famille, ni un support d'accompagnement scolaire pour la lecture du livre.
Sources
Le magazine Carrefour Savoirs, n°324, juin 2026, page 50.