Aussi disponible sur Carrefour.fr : en grand format
D’un côté, celle que l’on connaît par cœur. Dans L’Épreuve du feu, désormais disponible en poche, Donna Leon retrouve Guido Brunetti pour une nouvelle promenade dans une Venise nettement moins féérique que celle des cartes postales.
Des bandes d’adolescents s’affrontent après s’être provoquées sur les réseaux sociaux, jusqu’à s’en prendre au personnel de la questure (le siège de la police en Italie). Sauf que derrière ces jeunes gens se trouvent certaines des familles les plus influentes de la ville. Politique, argent, privilèges : chez Donna Leon, les cadavres changent, les puissants un peu moins.
C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles Brunetti tient depuis plus de trente ans sur la même map. L’enquête policière sert rarement de simple jeu de piste : elle permet surtout à sa créatrice d’aller regarder derrière les façades vénitiennes et de gratter là où le vernis commence à craqueler.
Et de l’autre côté, il y a Donna Leon elle-même. Avec Mon voyage littéraire, sorti le 10 septembre, pas de meurtre ni de commissaire. L’autrice revient sur sa vie, la vraie, ses lectures et son métier. Et quelle vie de folie : avant Brunetti, elle a été guide à Rome, rédactrice publicitaire à Londres, professeure d’anglais auprès de pilotes iraniens et a même interrogé des trafiquants de diamants ! À côté, écrire des polars paraît presque… banal.
La reine du polar vénitien… que les Italiens ne lisent pas
Mais la meilleure histoire autour de Donna Leon est ailleurs. Et sûrement pas dans la ville des gondoles. Depuis Mort à La Fenice en 1992, les enquêtes de Brunetti ont été traduites dans une trentaine de langues. Mais pas en italien. Étrange destin pour des romans qui connaissent suffisamment bien Venise pour en détailler les parfums des ruelles, les institutions aux directions discutables, les grandes familles et les petites corruptions.
Ce n’est pourtant ni un oubli de sa part ni un échec éditorial. Donna Leon l’a longtemps voulu ainsi afin de préserver l’anonymat dont elle bénéficiait à Venise, où elle a vécu pendant une trentaine d’années. Être lue partout, OK. Être reconnue en allant faire ses courses, sûrement pas. Une discrétion que ne cultive pas Michael Connelly, autre figure du polar américain traduit chez Calmann-Lévy.
La décision a forcément suscité d’autres interprétations en Italie, où certains lui ont reproché une vision trop pessimiste, voire stéréotypée, du pays. Leon s’en est défendue. Mais le paradoxe, lui, est délicieux : l’une des romancières qui a le plus exporté Venise et ses charmants canaux dans le monde est précisément celle que Venise ne peut pas lire dans sa propre langue.
Questions fréquentes
Quels sont les meilleurs livres de Donna Leon ?
Les lecteurs citent le plus souvent Mort à La Fenice, le premier, pour la découverte du personnage et de la ville. Parmi les romans récents, nous tenons L'Épreuve du feu pour l'un des plus forts sur le plan moral, parce qu'il met Brunetti face à un conflit sans bonne réponse. Il n'y a pas de consensus au-delà : la série est remarquablement régulière, ce qui est plutôt rare sur trente titres.
Quel est le dernier Donna Leon ?
Deux réponses selon ce que l'on cherche. La dernière enquête de Brunetti parue en France est L'Épreuve du feu, en grand format en août 2025 et en poche chez Points depuis le 5 juin 2026. Le dernier livre publié, tous genres confondus, est Mon voyage littéraire, qui paraît chez Calmann-Lévy le 10 septembre 2026 et qui n'est pas un roman policier.
Dans quel ordre faut-il lire les livres de Donna Leon ?
Aucun ordre n'est obligatoire : chaque enquête est indépendante. L'ordre chronologique, en partant de Mort à La Fenice (1992), ajoute le plaisir de voir vieillir la famille du commissaire au fil des volumes. Pour découvrir l'autrice, un titre récent fonctionne parfaitement.
Quels sont les avis sur les livres de Donna Leon ?
Les retours de lecteurs convergent sur trois points : Venise y est un personnage à part entière et non un décor de carte postale, l'intrigue policière compte moins que la critique sociale, et le rythme est lent. C'est précisément ce qui fait le partage. Les amateurs de thrillers nerveux passent leur chemin ; ceux qui cherchent une atmosphère et une famille à retrouver chaque année y reviennent depuis trente ans.
Sources
Le magazine Carrefour Savoirs, n°324, juin 2026, page 11 ; fiche du roman chez Calmann-Lévy.