Musique

Mentissa : « Je chante pour toutes les anciennes versions de moi »

Cinq ans après sa révélation dans The Voice et quatre ans après son premier album, La Vingtaine, Mentissa investit le terrain de l'intime avec son deuxième opus, Enfants difficiles, paru le 12 juin 2026. L'interprète d'« Et Bam » livre un autoportrait souvent sombre, mais teinté d'éclats lumineux. Elle revient sur les stigmates d'une jeunesse contrariée, que ce soit en famille ou à l'école, et sur ses premiers pas au cinéma. Rencontre.

Mentissa, Enfants difficiles, pochette de l’album

© Tôt ou tard

Enfants difficiles – Mentissa CD

L’album dont on parle

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Vous avez récemment confié être beaucoup moins à l'aise pour répondre aux interviews que pour chanter. La promotion de ce deuxième album a-t-elle changé quelque chose ?

Mentissa : Non, je pense être toujours un peu dans le même état d'esprit. Quand je dois parler de moi, même sur un plateau télé, je suis davantage stressée que face au public, sur scène. Je pensais initialement que c'était parce que je débutais, qu'avec le temps ça irait mieux, et en fait, pas vraiment…

C'est sur le petit écran qu'a été révélée la chanteuse belge, victorieuse de la version flamande de The Voice Kids en 2014, puis finaliste de la version française en 2021.

« Les Enfants difficiles », le visualiser officiel. © Mentissa

C'est de la timidité, de la pudeur ?

Je pense que j'aurai toujours cette impression de ne pas être assez légitime pour m'exprimer. J'accorde beaucoup, peut-être trop, d'importance à la langue, au fait de bien savoir s'exprimer. Du coup, je me mets une pression pour bien parler, raconter quelque chose d'intéressant, de pertinent. Or, la vérité, c'est qu'on ne peut pas tous les jours être pertinente, inspirante, drôle et intelligente. Il y a des jours où ce qu'on raconte est plus banal, plus ordinaire. C'est une chose avec laquelle j'avais beaucoup de mal avant et encore un peu aujourd'hui.

Vous arrivez aujourd'hui avec un disque très personnel, Enfants difficiles… Est-ce compliqué de devoir l'expliquer, de défendre son sujet ?

Je me suis toujours dit qu'il faudrait trouver le bon équilibre. Oui, je raconte quelque chose dans mes chansons, mais je ne veux jamais utiliser ces histoires pour faire un storytelling hyper triste, hyper dramatique. Même s'il m'est arrivé des choses difficiles. L'envie première était de raconter ça dans mes chansons parce qu'à travers la musique, c'est beaucoup plus facile.

Vous refusez que ces blessures deviennent un argument promotionnel ?

Je suis très consciente, peut-être un peu trop, de l'image qu'on renvoie et je veux surtout envoyer quelque chose de vrai. Pas quelque chose de tout fait, avec un discours maîtrisé. Si on regarde mes interviews, à chaque fois qu'on me pose la question de savoir pourquoi mon album s'appelle Enfants difficiles, je n'ai jamais la même réponse. Les gens vont peut-être trouver ça bizarre et se dire qu'il y a une incohérence. Mais non : c'est un sujet tellement large que, selon le jour, selon l'état d'esprit dans lequel je suis, je vais vouloir raconter une autre histoire.

« Je voulais vraiment avoir plusieurs personnages : le prof au début, puis moi »

Mentissa allongée sur des draps de satin rose
Mentissa. DR

La chanson qui donne son titre à l'album vous voit « incarner » une prof qui multiplie les reproches, avec des leçons de morale injustes. En quoi cela dit quelque chose de l'angle de ce disque ?

Cela n'a pas été difficile parce que ce sont des phrases que j'ai tellement entendues à répétition quand j'étais plus jeune, qu'elles me soient adressées ou qu'elles visent d'autres élèves. On a tellement l'habitude d'entendre ces expressions : « T'es en retard », « T'es un enfant difficile »… Je trouvais ça bien de commencer la chanson comme ça, en n'étant pas moi, ce que je ne fais absolument jamais dans mes chansons. Mais c'est quelque chose que j'aime beaucoup chez d'autres artistes. Notamment Stromae, qui fait ça très bien, je trouve. Dans « Tous les mêmes », par exemple, il se met dans la peau de quelqu'un d'autre. Stromae était un peu une référence pour cette chanson, pas forcément musicalement, mais dans la manière dont j'avais envie de raconter cette histoire. Je voulais vraiment avoir plusieurs personnages : le prof au début, puis moi qui parle de mon point de vue, et enfin, sur le pont, des phrases qui décrivent les situations de tous les enfants. Il y a mille raisons pour lesquelles un enfant ne se sent pas bien à l'école.

Dans « Tous les mêmes », Stromae incarne tour à tour l'homme et la femme dans un couple qui dysfonctionne.

Le bien-être des enfants à l'école est-il devenu une cause pour vous ?

Oui, vraiment. Je réalise aujourd'hui quelque chose dont je n'avais pas conscience au moment où j'écrivais la chanson, ni même au moment où j'ai choisi d'appeler mon album Enfants difficiles. Comme je n'ai pas toujours été une enfant à l'aise à l'école, j'accorde maintenant de l'importance au bien-être des enfants dans le système scolaire et je voudrais que mes chansons contribuent à ce qu'ils s'y sentent mieux. Il n'y a rien qui me rend plus triste qu'un enfant malheureux, un enfant blessé, un enfant à qui on a enlevé son enfance ou son innocence. Comme j'ai aussi été cette enfant-là, j'ai peut-être ce besoin de protéger, d'aider et d'être à l'écoute de l'enfant qui rencontre des difficultés dans la vie, que ce soit à l'école ou à la maison. Moi, quand j'étais plus jeune, j'aurais aimé avoir des chansons comme ça. Je ne les ai pas eues, donc je me dis que c'était peut-être à moi de le faire.

Dans le refrain, vous ne dites plus « je », mais « nous », pourquoi ?

Oui. Je me rappelle qu'à la sortie des « Enfants difficiles » en single, j'ai reçu pas mal de messages de profs et de parents qui avaient des enfants avec des besoins spécifiques. J'étais très contente parce que je me suis dit : « OK, mes chansons trouvent leur public. » Beaucoup de profs m'ont envoyé des messages pour me dire : « Merci, Mentissa, c'est une chanson qu'on a analysée en classe. » Cela a permis des discussions touchantes et intéressantes avec les élèves et les profs. La musique, ça sert à ça. Dans le refrain, quand je dis « nous », c'est parce que je m'intègre dans ce collectif. Je pense qu'on est nombreux. Voir que ça touche et que ça parle aux gens, pour moi, c'est réussi. Cette chanson a ce rôle-là. Je suis très contente qu'aujourd'hui, elle aille dans les classes et qu'elle permette des discussions entre les élèves et les profs.

Quelle Mentissa raconte cet album : l'enfant, l'adolescente ou la jeune femme d'aujourd'hui ?

Je pense qu'il y a vraiment toutes les périodes de ma vie. On commence à l'âge de 6 ans : dans « Les Enfants difficiles », je parle vraiment de mes 6 à 10 ans. Il y a d'autres chansons où je parle plutôt de mon adolescence. Et quand je pense à un titre comme « Fais gaffe à toi », « Encore » ou « Lâcher prise », ce sont des titres plus actuels, qui parlent davantage de la « moi » d'aujourd'hui.

La femme que vous êtes aujourd'hui est-elle la somme de toutes ces différentes versions de vous-même ?

Oui. Je pense qu'il y a aussi des parties de moi que j'ai consciemment cachées, enfouies. À mes débuts, j'avais juste envie de montrer mon côté solaire, les choses positives. Désormais, je montre mes parties plus sombres. Et cela peut surprendre. Je voulais aussi dire aux gens : « Détrompez-vous ». Souvent, les artistes tournent sur scène, ont un grand sourire, mais cachent beaucoup de blessures, de fêlures. C'est aussi pour ça qu'on est artistes. J'avais envie de me dévoiler de la manière la plus sincère et authentique possible. Parce que je pense que c'est comme ça que je vais grandir en tant que jeune femme. Plus je serai sincère envers les gens, plus je serai sincère envers moi-même et plus je vais comprendre qui je suis.

Portrait de Mentissa, la main sur la joue
Mentissa. © Inès Chable

« J'avais le droit d'être une petite enfant turbulente, parce que j'étais une enfant »

Chanter, pour vous, c'est d'abord se faire accepter des autres ou s'accepter soi-même ?

Je pense que chanter, pour moi, c'est d'abord m'accepter. J'ai eu beaucoup de mal et, même encore aujourd'hui, il y a des jours où j'ai du mal à m'accepter, à accepter certaines choses qui me sont arrivées. C'est pour ça que j'aime tellement « Enfants difficiles ». C'est aussi une manière de dire à la petite Mentissa de 6 ans, à qui on a tant reproché son tempérament, qu'en fait, elle n'a rien fait de mal. J'avais le droit d'être une petite enfant turbulente, parce que j'étais une enfant. Quand je chante, je chante pour toutes les anciennes versions de moi qui ont vécu plein de choses. Et après, oui, je chante pour les personnes qui ont peut-être aussi besoin d'entendre ces chansons-là.

Et en faisant cela, vous évoquez quelque chose d'intime et d'universel, tout à la fois ?

Je me rends compte qu'on est malheureusement beaucoup à avoir vécu dans un environnement familial conflictuel, violent. J'ai longtemps hésité à mettre « Comme un loup » sur l'album parce que je me disais : « Ce n'est vraiment pas gai, c'est très intime. » Mais c'est justement parce que cette chanson me mettait mal à l'aise que je me suis dit qu'il fallait la mettre sur le disque. C'est dans l'inconfort que quelque chose se passe, pas dans le confort. C'est aussi un sujet qui est tellement d'actualité que je me suis dit qu'il fallait continuer à en parler, continuer à dénoncer. Et cette honte que je ressentais vis-à-vis de mon passé, je me suis dit : « Mais en fait, ce n'est pas à moi d'avoir honte. » C'est aussi pour ça que j'ai décidé de mettre ces chansons sur l'album, même si elles sont très intimes.

À travers la figure du loup, Mentissa évoque la violence intrafamiliale dont elle a été victime dans son enfance.

« Comme un loup » passe par le conte. Aviez-vous besoin de retrouver le regard de l'enfant pour raconter cette histoire ?

Quand je vivais ça, j'avais toujours un peu cette image de me dire que j'étais le Petit Chaperon rouge et que je pouvais me faire bouffer, malheureusement. Créer cette métaphore du Chaperon rouge et du loup rend le truc, je ne vais pas dire enfantin, mais avec quelque chose de l'ordre de la comptine. Quand on est enfant, on voit les personnes qui nous font du mal comme de grands monstres.

Portrait de Mentissa en haut noir
Mentissa. DR

Les contes racontent souvent des histoires sombres sous une forme presque rassurante. C'est aussi ce que vous cherchez en musique ?

Exactement. Ce que j'ai toujours aimé dans les contes de fées, c'est que les histoires sont souvent assez glauques, assez dark. Mais c'est tellement romantisé qu'en tant qu'enfant, tu te dis : « Oh, c'est une petite histoire. » C'est quelque chose que j'aime bien faire dans ma musique, différemment. Souvent, les mélodies sont assez douces. A priori, si tu n'écoutes pas vraiment les paroles, tu peux te dire : « C'est beau », te laisser un peu bercer. Si tu écoutes vraiment les paroles, tu te dis : « Ouh là, ce n'est pas si doux que ça ! » J'aime bien créer ce contraste.

Vous dites avoir beaucoup de recul quand vous écrivez. Que se passe-t-il lorsque vous redevenez l'interprète ?

Quand je suis en studio et que j'écris, j'ai beaucoup de recul. Tout d'un coup, je suis un peu l'autrice. Puis il y a vraiment l'auditrice : pendant des mois, j'écoute toutes mes chansons, souvent avec beaucoup de recul. Et puis je deviens l'interprète sur scène. Il y a souvent un fossé entre l'autrice et l'interprète. Parfois, quand j'entends certaines chansons, je me dis : « Ouais, bon, c'était peut-être un peu trop… » Mais c'est bien. Dans l'inconfort, il se passe des choses très intéressantes qui sont, pour moi, nécessaires pour avancer. Et pour guérir aussi. Quand je me mets à pleurer en chantant sur scène, je me dis que tout est aligné. Et que tout est vrai.

« Je trouvais ça cool et assez stylé que mon premier rôle soit dans un film d'horreur »

Vous venez de faire vos premiers pas au cinéma, dans le film L'Ordre pourpre, en salles en fin d'année. Que pouvez-vous nous dire de cette expérience ?

C'est un film de genre belge, un film d'horreur, un peu du type slasher. C'est assez original pour la Belgique. Le film se passe dans une université élitiste, en Wallonie. Il y a eu un bizutage qui s'est mal terminé l'année précédente et, un an après, visiblement, quelqu'un se venge… C'était très intéressant et très fun de jouer dans ce genre de film, très loin de mon registre et de ce que je fais habituellement.

C'est un genre de cinéma que vous aimez ?

J'aime bien les films d'horreur. Petite, avec ma cousine, on n'avait pas le droit d'en regarder, donc souvent, on les regardait en cachette ! J'ai toujours un peu aimé ce genre de films. Quand j'ai été castée, j'étais assez contente. Je trouvais ça cool et assez stylé que mon premier rôle soit dans un film d'horreur.

Cette première expérience vous a donné envie de rejouer ?

J'ai adoré l'expérience. C'est quand même très prenant, au même titre qu'une tournée : c'est un vrai engagement. Je sais que dans la période qui arrive, je n'aurai pas le temps du tout. Mais quand ça se calmera pour moi, pourquoi pas.

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Questions fréquentes

Qui chante « Les enfants difficiles » ?

Mentissa, auteure-compositrice-interprète belge révélée par The Voice en 2021. La chanson donne son titre à son deuxième album, sorti le 12 juin 2026, et a été publiée en single en avril 2026. Elle y fait parler une prof avant de prendre la parole à la première personne, puis au « nous » dans le refrain.

Pourquoi Mentissa a-t-elle écrit « Et Bam » ?

Elle ne l'a pas écrite. « Et Bam », sortie en 2021 dans la foulée de The Voice, a été écrite pour elle par Vianney, son coach dans l'émission. C'est la chanson qui a lancé sa carrière. Sur Enfants difficiles, Vianney apparaît à l'écriture de « Désolée », la chanson de l'Eurovision.

Mentissa joue-t-elle dans un film ?

Oui. Elle tient son premier rôle dans L'Ordre pourpre, un film d'horreur belge de Thomas Ancora, en salles le 11 novembre 2026. L'histoire se déroule dans une université élitiste de Wallonie, un an après un bizutage qui a mal tourné.

Sources

Le magazine Carrefour Savoirs, n°327, septembre 2026, pages 12 à 17.

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