Qui aurait pu prédire que le Pokémon le plus plébiscité par la critique serait précisément celui qui décide de laisser les Poké Balls et les combats au placard ? Alors certes, pendant trente ans, la formule a parfois quelque peu changé. Les plus nostalgiques penseront par exemple à Pokémon Snap sur Nintendo 64 (puis sur Switch), permettant au joueur d’incarner un photographe à travers différents circuits à la recherche du meilleur cliché. Mais pour la majorité des titres, la recette demeure la même : rencontrer des créatures, les affronter et/ou les capturer, former une équipe et affronter d’autres dresseurs et champions d’arène dans l’espoir de devenir le plus fort. Pokémon Pokopia ne conserve que la rencontre avec lesdites créatures et balaie le reste d’un revers de la pattoune.
Ici, imaginez plutôt Les Sims ou Animal Crossing. Les Pokémon sont à la fois les habitants et les acteurs d’un environnement à construire. Et manifestement, ce changement d’air leur réussit.
Ciao les combats, bonjour la construction
Le point de départ est déjà suffisamment étrange pour annoncer la couleur : le joueur incarne un Métamorph ayant adopté une apparence humaine ! Sa mission n’est pas de devenir un énième Maître Pokémon, mais de redonner vie à un environnement susceptible d’accueillir progressivement différentes espèces. Il faut récolter des ressources, aménager le terrain, construire des habitats et répondre aux besoins des nouveaux arrivants…
Si on a cité Animal Crossing, il y a également d’évidents accents à la Minecraft dès que la construction et la transformation du terrain prennent davantage de place. Mais Pokopia ne se contente pas de déposer des Pokémon dans une formule déjà connue de toutes et tous. Les capacités propres aux créatures servent directement à faire évoluer le monde. Une logique de vie simulée qui rappelle celle de Tomodachi Life, sur la même console. Leur identité habituelle trouve donc une nouvelle utilité hors des affrontements.
C’est là que le changement devient intéressant. Depuis toujours, un Pokémon se distingue notamment par ce qu’il sait faire au combat. Pokopia pose une autre question : et si ces capacités servaient plutôt à vivre avec eux ?
Attrapez-les tous ? Faites-les plutôt emménager
Toutefois, le célèbre principe de collection, alias le nerf de la guerre, n’a pas disparu. Il a simplement changé de forme. Environ 300 Pokémon peuvent être rencontrés au fil de l’aventure, de Pikachu à Évoli en passant par Dracaufeu ou Ronflex. Mais compléter cette collection ne consiste plus à remplir des boîtes de créatures capturées sur les routes. Il faut créer les conditions permettant de les accueillir.
Cette différence peut sembler minime, mais elle change totalement la relation avec les petites bestioles. Le Pokémon recherché devient moins une récompense à capturer qu’un nouveau voisin à attirer. Nous ne sommes plus contre eux, mais avec eux.
Et forcément, accueillir plusieurs centaines de pensionnaires prend du temps. Le directeur du jeu, Takuto Edagawa, évoquait environ 20 à 40 heures pour parcourir la trame principale, tout en insistant sur le fait que son terme ne constitue pas réellement la fin de l’expérience.
Compléter le jeu et ses constructions peut donc demander plusieurs semaines, voire même des mois selon votre rythme. La répétition inhérente à cette boucle reste d’ailleurs l’un de ses principaux points de friction : récolter, fabriquer et aménager pendant des dizaines d’heures suppose d’apprécier ce type de progression très lente… Mais si vous êtes un tant soit peu amateur de « slow life » et de jeux qui aiment prendre leur temps, alors cet opus sera du pain béni. Ce choix radical semble en tout cas avoir trouvé son public, ainsi que les faveurs de la critique. Avec 89 sur 100 auprès de la presse sur Metacritic, Pokémon Pokopia affiche la meilleure moyenne critique obtenue par un jeu Pokémon.
Depuis mars, le petit paradis a encore grandi
Le jeu disponible aujourd’hui n’est d’ailleurs plus exactement celui sorti au printemps. Une importante mise à jour gratuite a ouvert la construction sous-marine, avec la possibilité de plonger et d’aménager de nouveaux espaces sous l’eau. Cet ajout est accessible à tous les propriétaires du jeu sans achat supplémentaire.
Un pass d’extension payant, découpé en trois parties jusqu’en 2027, complète ce suivi avec de nouveaux lieux, Pokémon, meubles, tenues et fonctionnalités. Pour quelqu’un qui découvre Pokopia aujourd’hui, rien n’impose toutefois de commencer par là. Le contenu gratuit s’ajoute directement au jeu de base, tandis que les extensions peuvent attendre que ses centaines d’habitants et constructions aient déjà occupé quelques dizaines d’heures.
Avant de l’offrir, regardez quand même la console
Reste un détail qui n’en est pas un, car autrement plus coûteux en cas d’erreur : Pokémon Pokopia est une exclusivité Nintendo Switch 2 ! Il n’existe pas sur la Switch première du nom.
Autre particularité à connaître pour la version physique : la boîte contient une carte-clé de jeu. La cartouche sert de licence, mais les données doivent être téléchargées sur la console avant de jouer. Elle doit ensuite rester insérée pour lancer le titre. Cela n’empêche pas de prêter ou de revendre l’exemplaire physique, mais mieux vaut le savoir avant d’offrir une jolie boîte en imaginant que tout le jeu se trouve à l’intérieur.
Une petite coquetterie matérielle pour un épisode qui, sur le fond, en assume une beaucoup plus intéressante : le Pokémon le plus satisfaisant de la saga est celui qui a compris que ses monstres de poche pouvaient avoir une vie en dehors de l’arène !
Questions fréquentes
Est-ce que Pokopia vaut le coup ?
Oui, et les notes sont sans appel : 89 sur 100 dans la presse sur cent quinze tests, 8,7 sur 10 chez les joueurs, 18 sur 20 chez JeuxVideo.com. C'est le jeu Pokémon le mieux noté jamais sorti. Il s'adresse à qui aime construire, décorer et prendre son temps, dans l'esprit d'Animal Crossing et de Minecraft. Il ne s'adresse pas à qui cherche des combats ou une aventure avec une fin. Les deux réserves à connaître sont la répétition, inhérente au genre, et l'exclusivité Nintendo Switch 2.
Quels sont tous les Pokémons de Pokopia ?
Le jeu en compte trois cents, issus de plusieurs générations, de Pikachu et Évoli aux légendaires. Il n'y a pas de Pokémon chromatiques, ce qui simplifie la collection. Ils s'obtiennent en construisant les habitats qui leur conviennent, et il en existe plus de deux cents : un même Pokémon peut apparaître dans plusieurs, et un même habitat en attirer plusieurs. Compléter la liste demande plusieurs semaines de jeu régulier. Des Pokémon supplémentaires arrivent avec les mises à jour et le pass d'extension.
Comment jouer à Pokémon Pokopia sur PC ?
Ce n'est pas possible. Pokémon Pokopia est une exclusivité Nintendo Switch 2 : il n'existe aucune version PC, aucune n'est annoncée, et la série n'est jamais sortie hors des consoles Nintendo. La seule façon d'y jouer est de posséder une Nintendo Switch 2, ou de passer par la fonction GameShare avec quelqu'un qui en a une. Les packs console qui incluent le jeu sont la voie la plus économique pour s'équiper.
Quelle est la durée de vie du jeu Pokémon Pokopia ?
Vingt à quarante heures pour parcourir la trame principale, selon le directeur du jeu Takuto Edagawa, qui précise que terminer n'est pas l'objectif. Le jeu continue ensuite : trois cents Pokémon à attirer, plus de deux cents habitats à construire, des événements limités dans le temps, et depuis l'été un monde sous-marin entier ajouté gratuitement. Les joueurs les plus assidus comptent en semaines, voire en mois, pas en heures !
Sources
Le magazine Carrefour Savoirs, n°325, juillet 2026 ; fiche du jeu chez Nintendo.