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Mélissa Da Costa : « Fauves est un roman sur la violence et l’héritage familial »

Pour son nouveau roman, l’autrice signe un drame social intensément humain où elle confirme son penchant naturel pour la noirceur. Une immersion violente dans le monde du cirque qui devrait lui permettre d'arracher cette étiquette feel good qui lui colle encore à la peau. Rencontre.

Fauves de Mélissa Da Costa, couverture Albin Michel

© Albin Michel

Roman Fauves – Mélissa Da Costa

Le livre dont on parle

Roman Fauves – Mélissa Da Costa

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Comment présenteriez-vous Fauves ?

Mélissa Da Costa : Malgré ce que l’on pourrait croire, la thématique principale de Fauves n’est pas le monde du cirque, qui sert ici de décor, mais la violence et tous les mécanismes qui la sous-tendent et l’entretiennent. C’est aussi un roman sur l’héritage familial : peut-on réellement s’en défaire et comment ? Une question que Katherine Pancol pose à sa manière dans ses sagas familiales. C’est enfin le combat d’un jeune homme contre lui-même pour essayer de faire taire ses démons et échapper à la violence dans laquelle il est né. Sa lutte contre les fauves est l’incarnation inconsciente de ce combat.

Le résumé du roman : après une violente dispute avec son père, Tony, un adolescent de 17 ans, prend la fuite. Livré à lui-même, mais déterminé à s’en sortir, il parvient à se faire embaucher par un cirque itinérant. Fasciné par ce nouveau monde qui l’a accueilli et adopté, Tony tombe sous le charme de Sabrina, l’épouse du chef de clan, et décide de se former coûte que coûte au dressage de fauves.

“J’ai tout de suite trouvé l’univers du cirque fascinant, plutôt inexploré et assez secret, avec ses traditions et sa culture bien particulière.”

Fauves, présenté par l’éditeur. © Albin Michel

Quelle en a été l’étincelle ?

Je pensais depuis longtemps au thème de la violence. Au départ, j’avais dans l’idée de parler de deux frères qui auraient grandi dans la même famille avant de suivre des trajectoires radicalement différentes. Alors que rien ne venait, j’ai un jour feuilleté un livre pour enfants sur le monde du cirque. J’ai tout de suite trouvé cet univers fascinant, plutôt inexploré et assez secret, avec ses traditions et sa culture bien particulière.

Puis, arrive la page sur le dressage des fauves. Là, je me suis demandé qui peut choisir ce genre de métier ? Qui peut faire face à la mort chaque jour, plusieurs fois par jour ? Qu’est-ce qu’un dresseur veut se prouver ? Sans le vouloir, j’ai alors fait le lien avec le sujet que je voulais traiter et avec l’idée qu’un petit garçon qui aurait grandi dans une famille violente serait tout à fait capable d’entrer dans l’arène pour se prouver quelque chose. Justement parce que son univers est fait de sauvagerie et de domination, lui pourrait légitimement y aller pour essayer de se prouver quelque chose… Le lien était fait, et l’histoire était née.

Pourquoi avoir placé l’intrigue dans les années 1980 ?

D’abord, parce que les numéros de dressage de fauves ont aujourd’hui déjà presque tous disparu des cirques. Ils seront d’ailleurs bientôt totalement interdits par la loi… Comme je tenais beaucoup à mon idée de jeune garçon qui se confronte à la mort, au danger, à la sauvagerie, à une autre violence que la sienne, j’avais besoin des fauves.

L’autre raison de ce choix était que je voulais un cirque à l’ancienne, familial, très artisanal, avec peu de moyens. Les cirques actuels sont de grosses machines de spectacle avec des artistes qui ont fait des écoles de cirque. J’avais besoin d’une troupe qui travaille dur, qui a les mains dans la boue. Il me fallait cet univers rugueux !

Portrait de Mélissa Da Costa sur fond rouge
Mélissa Da Costa. © Pascal Ito

Dans la loi contre la maltraitance animale votée en 2021, les animaux sauvages sont interdits dans les établissements itinérants à partir de 2028.

Le roman est écrit du point de vue de Tony, votre personnage masculin. En tant que romancière, comment avez-vous abordé cette démarche ?

Je l’ai déjà en partie fait dans Tout le bleu du ciel et Tenir debout. Mais, là, j’écris pour la première fois intégralement d’un point de vue masculin. L’expérience et le challenge furent très intéressants… En me glissant dans la peau de Tony, j’ai dû remettre en cause mon système de pensée pour adopter les valeurs et le point de vue misogyne d’un jeune garçon né dans une famille bourrée, entre autres, de préjugés homophobes et racistes, notamment sur les gens du voyage.

Que pouvez-vous dire de Sabrina, la femme de Chavo, le chef de clan ?

Elle essaie tant bien que mal d’échapper à des traditions qui sont terribles et douloureuses pour les femmes. Avec d’autres personnages féminins, elle incarne aussi une nouvelle génération de femmes tziganes dignes et fortes qui refusent de s’y soumettre en continuant, par exemple, à travailler après le mariage.

Mais c’est aussi difficile pour les hommes qui sont prisonniers de leur statut de dominants soumis aux règles de la communauté et des patriarches. Quitter le monde du cirque les condamne à être bannis, reniés et à perdre leur famille. Le poids des traditions est une autre thématique du roman… Pour revenir à Sabrina, elle est certainement le plus puissant, libre et digne de tous les personnages qui peuplent la compagnie Pulko. Elle est extrêmement lucide et consciente de tous les rapports de force et de pouvoir qui se jouent au sein de sa communauté.

Comment interpréter que le personnage de Chavo, dompteur vedette du cirque, refuse d’utiliser la violence pour dresser ses fauves, alors même qu’il est un mari violent ?

Ce sont des mots plus que des actes… La réponse vient de la bouche de Sabrina, qui dit de lui qu’il adore ses fauves autant que les femmes, du moment qu’elles lui obéissent au doigt et à l’œil. Les fauves étant par ailleurs plus ou moins déjà en état de soumission, enfermés dans leurs cages. Le pire est qu’il arrive à se persuader qu’il punit sa femme, comme ses fauves, uniquement par amour. Avec les bêtes comme avec Sabrina, il se berce d’illusions.

Malgré les violences qu’elles subissent de la part des hommes, vous n’enfermez jamais les femmes dans un rôle de victimes…

Oui ! En tout cas, j’essaie. Dans le cas de Fauves, je me suis intéressée à des femmes tziganes fières avec un gros sens de l’honneur.

Et puis, il y a Asia, la petite panthère nébuleuse de Sabrina, qui joue un rôle déterminant dans l’histoire…

Je l’ai construite comme une extension de Sabrina et un symbole d’indocilité et de résistance féminine. Elles sont la prolongation l’une de l’autre. Mais Asia agit aussi comme un miroir de Tony qui tente de refuser la violence en la dressant. Il est alors forcé de prendre le rôle de son père et de se comporter en maître et bourreau à son tour, tout en justifiant ça par de l’amour.

La panthère nébuleuse est une espèce menacée de félin qui vit dans les forêts tropicales asiatiques. Son nom vient des motifs en forme de nuages qui recouvrent son pelage.

Mélissa Da Costa en veste de cuir sur fond rouge
Mélissa Da Costa. © Pascal Ito

Après La Doublure, vous passez un niveau de noirceur supplémentaire avec Fauves, qu’on peut considérer comme un roman sombre, proche du drame social ?

Drame social, ça me va très bien ! C’est vrai que La Doublure se rapprochait du thriller sans en avoir tous les codes non plus.

Justement, pourriez-vous un jour écrire un thriller ou un roman noir en respectant vraiment les codes du genre ?

Je ne crois pas, le thriller est trop codifié pour moi. Il y a quand même un schéma narratif à respecter alors que j’aime surtout m’échapper de toute forme préétablie. En revanche, le roman noir permet cette liberté. Je pense que Fauves et La Doublure s’inscrivent beaucoup plus dans cette veine.

À vos débuts, vous avez été rangée dans la catégorie feel good. Qu’en avez-vous pensé ?

Pas du bien, évidemment. J’ai d’ailleurs souhaité très vite publier La Doublure pour me défaire de cette étiquette, mais ma maison d’édition a pensé qu’il valait mieux attendre un peu et fidéliser mon lectorat en publiant d’abord les deux romans moins sombres que j’avais écrits dans ma jeunesse, Je revenais des autres et Les Douleurs fantômes.

Au final, c’est venu consolider l’idée fausse que mes romans ne sont que douceur et bienveillance. Alors que tous mes autres romans sont assez noirs malgré des fins parfois positives. Par exemple, je crois qu’il y a beaucoup de toxicité et de violence dans Tenir debout malgré une conclusion heureuse. En réalité, je pense que je navigue entre ces deux mondes.

Finalement, il y a toujours un prix à payer pour être libre…

Oui, d’une certaine manière. Tony a choisi une certaine forme de violence, la domination des fauves, pour se libérer de son passé. Quant à Sabrina, je trouve qu’elle arrive à briser ses chaînes sans faire trop de dégâts autour d’elle.

“Je voulais parler d’une fille pleine de rage, de révolte, de colère, avec un besoin de rédemption”

Comment faites-vous naître l’idée d’un roman ?

Ça dépend du roman. Dans le cas de Fauves, le thème de la violence me hantait depuis des années sans que je puisse passer à l’écriture. Cette fois, la lumière est venue d’un petit livre sur le cirque que je lisais à mon fils. Je suis donc entrée dans le roman par un décor, l’univers du cirque, sur lequel j’ai associé la thématique de la violence.

Portrait de Mélissa Da Costa en tailleur noir
Mélissa Da Costa. © Pascal Ito

Mais d’autres histoires sont nées d’un personnage. Les Femmes du bout du monde, par exemple, vient du personnage de Flore. Je voulais parler d’une fille pleine de rage, de révolte, de colère, avec un besoin de rédemption. J’ai ensuite eu l’idée de la placer sur un petit bout de terre isolée que j’avais connu en Nouvelle-Zélande… J’ai l’impression qu’il faut toujours la combinaison de deux choses pour que l’étincelle se produise.

Située à l’extrême sud de l’île, la région reculée des Catlins est une zone protégée abritant une nature sauvage, spectaculaire et préservée. C’est également un spot prisé des surfeurs.

Vous avez débuté par l’autoédition : que retenez-vous de cette expérience ?

Que du positif ! Je pense qu’un gros succès en autoédition sécurise énormément et représente une vraie porte d’entrée, ou une porte dérobée, qui peut rendre les choses plus faciles quand on veut être publié. Le contexte économique difficile d’aujourd’hui rend les maisons d’édition de plus en plus frileuses quand il s’agit de publier de nouveaux auteurs.

L’avantage de l’autoédition, c’est aussi et surtout de pouvoir se confronter directement au public. Même s’il n’y a pas de contrat à la clé, avoir dix, vingt ou cent lecteurs est déjà tellement gratifiant !

Mélissa Da Costa n’est pas la seule à avoir débuté par l’autoédition : Aurélie Valognes et Agnès Martin-Lugand, par exemple, ont d’abord été autoéditées avant de rejoindre une maison d’édition.

Aujourd’hui, vous êtes une des autrices les plus lues de France. Quel est votre rapport avec le succès et la notoriété ?

La notoriété est relative pour les écrivains. Nous ne sommes pas exposés comme des comédiens ou des chanteurs. On prend le bon côté de la notoriété sans en subir les inconvénients ! L’avantage quand on est largement lu est que ça nous donne aussi les moyens de nous engager et d’attirer l’attention sur certains sujets. En ce qui me concerne, je suis ambassadrice de l’UNICEF et marraine de plusieurs événements, notamment contre le cancer des femmes et des enfants. Ça me fait plaisir d’être régulièrement sollicitée.

Devenir romancière, c’était un rêve d’enfant ou quelque chose qui s’est imposé petit à petit ?

J’ai commencé à écrire très tôt, dès 6 ou 7 ans. C’est donc bien une passion d’enfance.

Avez-vous eu des modèles, des sources d’inspiration ? Y a-t-il des romans qui vous ont donné envie d’écrire ?

Enfant, j’ai été marquée par la trilogie de la Comtesse de Ségur. Elle fait partie des premières lectures qui m’ont marquée. Après, il y a eu évidemment les romans jeunesse, de Harry Potter à Peggy Sue, la bibliothèque verte à la série Chair de poule. Jeune adulte, j’ai découvert Katherine Pancol, qui est même devenue mon modèle quand je me suis mise à écrire dans mon coin. Aujourd’hui, j’aime beaucoup les plumes de Sandrine Collette, Marjorie Tixier ou encore celle, sombre et rugueuse, de l’Irlandais Donal Ryan.

S’il devait y avoir un fil rouge entre tous vos romans, quel serait-il ?

Certainement d’essayer de comprendre les trajectoires de vie. Comment les rencontres, les choix tracent nos chemins, entre construction, reconstruction et autodestruction.

Votre prochain roman sera-t-il dans la veine sombre et intense de Fauves ou plutôt dans celle plus lumineuse des Femmes du bout du monde ?

Il y sera question d’emprise et encore un peu de toxicité, mais l’ensemble sera plus lumineux. Ce sera une sorte d’entre-deux… Mais je ne peux pas trop en dire plus.

Mélissa Da Costa en cinq dates

AnnéeÉtape
1990Naissance. Elle grandit entourée de ses deux sœurs du côté de Replonges, dans l’Ain, région où elle revient régulièrement rencontrer son public.
2018Après des études d’économie et quelques formations en médecines douces, elle est chargée de communication en mairie quand elle publie son troisième roman en autoédition. Recherche compagnon(ne) de voyage pour ultime escapade connaîtra un succès fulgurant lors de sa réédition en poche sous le titre Tout le bleu du ciel.
2020Les Lendemains, deuxième roman publié par son nouvel éditeur, confirme le succès et lance définitivement sa carrière.
2023Elle dépasse le million d’exemplaires vendus et est traduite dans plus de vingt-cinq pays.
2024Pour la deuxième année consécutive, elle est l’autrice francophone la plus vendue en France, devant Guillaume Musso.

Par où entrer dans son œuvre

Ses romans se lisent indépendamment les uns des autres : il n’y a ni série ni ordre imposé. Le magazine en retient trois, qui correspondent à trois portes d’entrée différentes.

Si vous cherchezLisezCe que c’est
Le titre qui l’a révéléeTout le bleu du ciel (2019)Émile, un jeune homme atteint d’une forme précoce et agressive d’Alzheimer, part en camping-car pour un ultime voyage avec une inconnue, Joanne. Ils traversent la France et apprennent l’amitié et l’amour avant d’être rattrapés par le destin.
Sa veine la plus noire, avant FauvesLa Doublure (2022)Evie, jeune femme fragile et sans attache, est recrutée pour assister une artiste peintre connue sous le nom de Calypso Montant. Sa patronne lui demande de la remplacer en public : investie malgré elle dans un jeu de rôle pervers, elle perd pied.
Un roman de couple, dur mais lumineuxTenir debout (2024)François, acteur de 40 ans, vit une passion avec Éléonore, de vingt ans sa cadette. Un grave accident de moto le cloue dans un fauteuil roulant. Le couple vole en éclats, touche le fond, puis tente de se reconstruire.

Le critère qui tranche : commencez par Tout le bleu du ciel si vous voulez comprendre pourquoi elle est l’autrice la plus lue de France, et par La Doublure si c’est la noirceur de Fauves qui vous a attiré.

L’accueil de Fauves

Paru le 7 janvier 2026 chez Albin Michel, Fauves compte 484 pages. La presse a salué le virage : Nice Matin y voit un roman magistral à l’apothéose finale, Elle un récit immersif porté par des personnages rugueux et des femmes endurantes. C’est la confirmation de ce que dit l’autrice dans cet entretien : l’étiquette feel good ne tient plus.

Roman Fauves – Mélissa Da Costa

Le livre dont on parle

Roman Fauves – Mélissa Da Costa

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Questions fréquentes

Quel est le meilleur livre de Mélissa Da Costa ?

Tout le bleu du ciel reste le titre qui l'a révélée et le plus lu, c’est donc un choix qui ne déçoit pas. La Doublure est son roman le plus tendu, proche du roman noir. Fauves, paru en 2026, est le plus sombre et le plus ambitieux, et le premier écrit entièrement d'un point de vue masculin.

Quel ordre pour lire Mélissa Da Costa ?

Aucun ordre n'est imposé : ses romans sont indépendants, sans personnages récurrents ni suite. On peut donc commencer par n'importe lequel ! Pour découvrir son univers, Tout le bleu du ciel est la porte d'entrée la plus évidente ; pour sa veine sombre, La Doublure puis Fauves.

Quel est le dernier roman de Mélissa Da Costa ?

Fauves, paru le 7 janvier 2026 chez Albin Michel. Il raconte l'histoire de Tony, 17 ans, qui fuit un père violent et se fait embaucher par un cirque itinérant des années 1980, où il apprend le dressage des fauves. L'autrice annonce un prochain roman sur l'emprise, plus lumineux.

Quel est le genre littéraire de Mélissa Da Costa ?

Elle a été rangée à ses débuts dans le feel good, une étiquette qu'elle discute désormais. Elle se décrit davantage comme naviguant entre deux mondes, et situe Fauves et La Doublure dans la veine du roman noir plutôt que du thriller, dont elle juge les codes trop contraignants.

Sources

Le magazine Carrefour Savoirs, n°320, février 2026, pages 14 à 21 ; fiche du roman chez Albin Michel.

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