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Une fête foraine, ça brille, ça fait du bruit et ça donne parfois un petit coup de nostalgie quand les lumières s’éteignent. Christophe Maé en a fait la métaphore de son nouvel album et, plus largement, de la vie. À 50 ans et près de vingt ans après Mon paradis, le chanteur regarde davantage le temps qui passe sans pour autant avoir envie de ralentir. Bien au contraire : entre un disque conçu près de chez lui, une tournée des Zéniths et une fidélité intacte du public, il assure avoir toujours la même envie qu’à ses débuts. Avec, peut-être, une urgence nouvelle : dire aux siens qu’il les aime. Une tendresse qu’on retrouve, sur un autre registre, chez Zaz cette saison.
Sur la chanson « Fête foraine », vous dites « j'écrase la dernière ». Auriez-vous pris de bonnes résolutions ?
Christophe Maé : Ah, ça y est ! Je suis passé à la petite vaporette, là (rires). À un moment donné, il a fallu que j'arrête mes bêtises. C'est une prise de conscience, à l'image de cet album : j'ai 50 ans, et, même si on ne le dirait pas à ma voix, c'est un cap de franchi. Et donc, arrêter la cigarette participe de ça, même si j'essaie de ne pas rester non plus toute la journée avec la cigarette électronique à la bouche…
Cela fait partie d'une prise de conscience plus large ?
Oui, c'est ce que j'ai voulu exprimer dans la chanson « La Lune », le single dans lequel je m'adresse à ma mère. La chanson vient de la prise de conscience, peut-être plus forte maintenant, que rien n'est éternel, que la vie défile, et qu'il faut savourer le moment présent avant que le manège ne s'arrête.
Vous vouliez aussi envoyer un message à votre maman ?
C'est une ode à toutes les mamans, bien sûr, à leur force, à l'amour inconditionnel qu'elles portent à leurs enfants. Mais il est vrai que je viens d'une famille où l'on vit l'amour intensément, sans forcément l'exprimer. Par pudeur, par habitude aussi. Je lui dis « je t'aime » en musique parce que c'est mon langage. Faire des chansons, ça me permet de casser cette barrière, de dire tout ce que je pense. Et je suis super heureux d'avoir commencé par ce titre, pour transmettre le message.
La fête foraine s'impose comme le thème de l'ensemble du disque. Que vouliez-vous dire à travers cette image ?
J'aime bien le fait que ça évoque des images mélangées, douces-amères, des souvenirs d'enfance. La fête foraine, c'est une métaphore de la vie, parce qu'une grande roue, cela monte et cela descend, parce que parfois les manèges s'en vont, et qu'on est triste après avoir ressenti de l'excitation. Je suis de ceux qui gardent leurs décorations de Noël de novembre à fin février, voire plus, parce que les savoir rangées dans un carton me donne le cafard. On voudrait que la fête ne s'arrête pas, parce qu'elle évoque la famille, les moments joyeux, et la nostalgie de l'enfance.
Sur ce nouvel album, vous évoquez aussi votre femme, avec la chanson « Une star ». Il y avait l'envie de transmettre de bonnes ondes, et des sentiments personnels ?
La spécificité de ce disque, c'est qu'il part d'un désir, d'un désir profond, de dire à mes proches, à ma famille, au public, à ces gens qui m'apprécient à quel point je les aime. Cela donne un disque qui est sans doute le plus introspectif et intime que j'aie jamais écrit. Cela vient sans doute du fait que je l'ai fait chez moi : pour une fois je ne suis pas parti aux quatre coins du monde pour m'inspirer ni n'ai eu besoin de quelque voyage. Ce qui m'a influencé ? Les gens qui m'entourent, au quotidien, ma famille.
Sur ses précédents albums, Christophe Maé était allé chercher son inspiration à La Nouvelle-Orléans ou au Cap-Vert, aux sources du blues et de la morna.

Ce qui en ressort, c'est l'amour…
J'ai écrit le disque en l'espace d'un an et demi, et c'est vrai que, par les temps qui courent, il en est ressorti ce sentiment qui nous guide et auquel on se rassemble. Le monde comme il va, les infos que l'on entend à longueur de journée nous poussent vers l'amour.
Vous écrivez vos chansons avec le parolier Paul École, qui est connu pour savoir « deviner » les gens. Est-ce que c'est ce que vous recherchez auprès de lui ?
Paul est un homme que j'admire, c'est un amour de gars, et il est extrêmement talentueux. Il y a plein de raisons qui font qu'on se ressemble, quelque part, et, en premier lieu, le fait que l'on soit de la même génération. Pour bosser avec lui, j'emploie toujours la même méthode : j'ai un besoin viscéral de commencer les chansons, tout seul, de trouver un thème, une accroche, deux ou trois phrases, un refrain complet… Et ensuite, je l'appelle, et lui vient ajouter ses mots au cours de séances collectives. Cela fait dix ans désormais qu'on collabore ensemble, la première chanson qu'on a écrite ensemble était « Il est où le bonheur ? », qui est entre-temps devenue une des grosses chansons de mon répertoire. Depuis, il parvient à rentrer dans ma tête, et moi un peu dans la sienne.
Devenu l'un des paroliers les plus prisés de la chanson française, Paul École a notamment collaboré avec Calogero, Julien Clerc et Patrick Bruel.
Vous aimez travailler en binôme ?
Absolument. C'est quelque chose qui me fait beaucoup de bien, de travailler ensemble, de s'envoyer des sons, des textes, à se nourrir d'influences mutuelles. Je vis ça avec Paul École pour les textes, mais aussi avec Felipe Saldivia, avec qui je fais quasiment toutes mes musiques depuis quinze ans… Évidemment, il faut que je travaille seul, c'est organique, et pendant un an et demi, quand je prépare un disque, il n'y a pas un jour où je ne prends pas ma guitare pour tester des choses. Mais pour faire aboutir ces idées, je préfère désormais faire ça en tandem, partager, échanger, prendre un certain recul.
Vous bouclez l'album avec un reggae. Pour un admirateur de Bob Marley comme vous l'êtes, c'est un exercice de pur plaisir ?
Oui, c'est le genre de petits plaisirs qu'on s'accorde, et qui, en réalité, sont plus difficiles à faire qu'on ne le croit. Le reggae utilise un rythme assez particulier, qu'il faut faire sonner pour que la musique évoque un balancement.
Originaire de Jamaïque, le reggae s'appuie sur un décalage de temps à la batterie et des accords plaqués à contretemps.

C'est quoi le quotidien de Christophe Maé dans ces phases créatives ?
Pendant un an et demi, quand je ne suis pas en tournée, c'est assez simple : je me lève le matin et je pars faire du cardio, pendant une heure. Et, pendant que je fais du sport, j'écoute de la musique, et c'est étonnant comme cela m'inspire. Que ce soit du reggae, de la chanson, du hip-hop. Ensuite je suis dans une sorte de bulle, en immersion. J'ai une petite dépendance qui me sert de studio, et puis, si la musique ne vient pas, je change de pièce, ce qui fait qu'il m'arrive de composer ou d'enregistrer au salon ou dans la cuisine. Pour l'anecdote, il y a une des chansons de Fête foraine dont j'ai enregistré la partie voix directement dans ma cuisine. On a eu beau tenter de refaire la prise en studio, avec un micro extrêmement qualitatif, on ne parvenait pas à retrouver l'énergie initiale, alors on a décidé de garder l'extrait original, qui sonnait plus spontané.
Pour présenter l'album, vous avez réalisé des clips sous forme de live acoustique. Qu'est-ce que ça révèle de votre approche ?
J'aimais beaucoup l'ambiance qu'il y avait en studio, et les deux derniers jours de l'enregistrement, on s'est réuni pour capter quelques-unes des nouvelles chansons en live, dans ce cadre intimiste qu'est le studio La Fabrique à Saint-Rémy-de-Provence. Cela a permis de tester les chansons, voir celles qui s'adaptaient le mieux pour la scène, mais aussi de donner un caractère visuel différent aux clips de ce disque.
Originaire de Carpentras et habitant la Provence, Christophe Maé a enregistré Fête foraine à proximité immédiate de son domicile.
La scène, vous y pensez dès la fin du travail en studio ?
Le moteur, c'est de ne pas « figer » les chansons, d'anticiper l'après, le moment où on va les porter devant le public en concert. Donc oui, dès cette petite session acoustique qui a servi pour les clips, j'avais en tête cette tournée, les Zéniths qui arrivent, et j'ai commencé à dessiner les plans de la scène, pour qu'il y ait une véritable fête foraine.
Il y a une grande place laissée à certains genres musicaux sur Fête foraine, notamment le flamenco. Est-ce que ça prend une autre dimension sur scène ?
Il y a sur le disque toutes ces musiques du monde rassemblées dans ma variété française, c'est une marque de fabrique. Et on va pouvoir prolonger ça pendant la tournée avec une chanteuse de flamenco et mon percussionniste cubain Piro Barrios, qui viendront m'accompagner sur certains titres.
La tournée des Zéniths affiche déjà complet dans de nombreuses villes, alors que l'album n'est pas encore sorti. C'est une marque de confiance qui vous touche toujours autant ?
C'est magnifique, et je ne m'y habituerai jamais. Savoir que les gens prennent leurs places les yeux fermés, sans même avoir entendu une note des nouvelles chansons, c'est le plus beau cadeau qu'on puisse me faire. Ça me touche au cœur parce que ça raconte une fidélité. Après vingt ans, de voir que l'attente est toujours là, ça me donne une force incroyable, mais aussi une sacrée responsabilité. C'est pour ça que je suis déjà en train de dessiner les plans, de réfléchir à comment on va les accueillir.

Votre premier disque est sorti il y a près de vingt ans. Est-ce que vous vous sentez encore comme à l'époque, quand vous abordez la musique ?
L'envie est restée vraiment intacte, c'est la même qu'à l'époque de mon premier album. Mais il faut se dire que rien n'est acquis : si l'envie diminuait, je pense que je passerais à autre chose. Tant que j'essaie de me surprendre et de me faire kiffer, je reste dans la même mentalité qu'à mes débuts. D'ailleurs j'avais réalisé ce premier disque avec une sorte de nonchalance, même si j'avais rêvé d'enregistrer depuis mes 15 ans. Curieusement, ce sont les deuxième et troisième albums qui ont représenté le plus de pression, parce qu'il fallait enchaîner, parce que ce sont des étapes durant lesquelles tu te demandes si les gens ne vont pas t'oublier… On se croit arrivé en ayant fait un disque, mais en fait, c'est à ce moment-là que le vrai voyage commence.
En mars 2007 sortait Mon paradis, énorme carton porté par des tubes comme « On s'attache » et « Belle demoiselle ».
Qu'est-ce qui est resté en permanence, dans votre musique ?
Je crois que c'est l'envie d'avoir de vrais musiciens à mes côtés, avec des sonorités bien marquées… Que ce soit le batteur, le bassiste, je suis entouré de virtuoses et c'est un vrai luxe. Chaque soir, sur scène, est ainsi différent, grâce au côté très organique des lives avec ces très bons interprètes.
Cette manière de rester fidèle à certaines valeurs, c'est aussi un moyen de ne pas vieillir ?
Vous savez, je ne sais pas si c'est lié à la musique, mais je parle très régulièrement à des gens qui ont passé 65-70 ans, voire à mon père, qui, lui, a 75 ans passés, et je me rends compte qu'ils ont encore 30 ans dans leur tête. Je pense qu'on trimballe toujours avec nous une grande part d'enfance, qui, sans doute, apparaît différemment le jour où l'on n'a plus ses parents. Je touche du bois de ce côté-là. Alors, même si j'ai 50 ans, que je suis papa, aux yeux de ma mère, je reste un enfant, et je me comporte comme tel avec elle. Et si j'ai un moment de cafard, c'est elle que j'appelle.
Le virus de la musique est venu assez tôt dans la famille de Christophe Maé : son père est saxophoniste et l'a accompagné sur scène à plusieurs reprises.
C'est la même chose avec votre père ?
Le rapport change un peu. J'ai plutôt envie de dire à mon père ce que j'ai fait, comment se passe le travail, et j'ai envie qu'il soit fier.
Les sept albums studio de Christophe Maé
| Album | Année | Repère |
|---|---|---|
| Mon paradis | 2007 | Le premier, porté par « On s'attache » et « Belle demoiselle ». |
| On trace la route | 2010 | Celui de « Dingue, dingue, dingue ». |
| Je veux du bonheur | 2013 | Celui de « Tombé sous le charme ». |
| L'Attrape-rêves | 2016 | Celui d'« Il est où le bonheur », première chanson écrite avec Paul École. |
| La Vie d'artiste | 2019 | Le cinquième album studio. |
| C'est drôle la vie | 2023 | Le précédent, avant Fête foraine. |
| Fête foraine | 2026 | Le septième, celui des 50 ans. |
Questions fréquentes
Quel est le dernier album de Christophe Maé ?
Fête foraine, son septième album studio, sorti le 20 mars 2026 chez Parlophone. Dix titres pour près de 34 minutes, dont un duo avec Francis Cabrel sur « La boutique des rêves ». Il a été certifié disque d'or par le SNEP en juin 2026.
Quelles sont les dates de la tournée de Christophe Maé en 2026 et 2027 ?
La tournée des Zéniths commence le 26 septembre 2026 au Zénith de Rouen et s'achève le 31 mars 2027 au Zénith de Nantes, en passant par la France, la Belgique et la Suisse. Rouen, Le Mans, Pau, Lille, Limoges, Toulouse et Nantes figurent parmi les étapes annoncées, plusieurs villes ayant reçu une seconde date après avoir affiché complet.
Christophe Maé jouera-t-il à l'Accor Arena ?
Non, aucune date n'y est annoncée. La tournée qui accompagne Fête foraine est conçue pour le réseau des Zéniths, un format plus proche du public que les grandes arénas, ce qui rejoint ce qu'il dit ici même de son rapport à la scène et aux « vrais musiciens ».
À qui s'adresse la chanson « La lune » ?
À sa mère. Il l'explique dans cet entretien : « c'est une ode à toutes les mamans », née de la prise de conscience « que rien n'est éternel ». Le titre est sorti en single le 16 janvier 2026, deux mois avant l'album.
Qui écrit les chansons de Christophe Maé ?
Il commence toujours seul, avec un thème, une accroche et un refrain, puis appelle le parolier Paul École, qui « vient ajouter ses mots au cours de séances collectives ». Ils travaillent ensemble depuis dix ans et leur première chanson commune était « Il est où le bonheur ? ». Les musiques sont majoritairement composées avec Felipe Saldivia, son partenaire depuis quinze ans.
Où a été enregistré Fête foraine ?
Au studio La Fabrique, à Saint-Rémy-de-Provence, à proximité immédiate de son domicile provençal. Une prise de voix a même été conservée telle qu'elle avait été enregistrée dans sa cuisine, faute de retrouver la même énergie en studio.
Sources
Le magazine Carrefour Savoirs, n°322, avril 2026, pages 14 à 20.