Le Rappel des oiseaux n’est pas encore disponible sur carrefour.fr. Pour prolonger la saison des prix en attendant, voici l’autre lauréat Actes Sud de la semaine, Nous aussi d’Anne Godard, couronné par le prix Décembre.
Grand Prix du roman 2026 : une finale qui s’est jouée dans un mouchoir de poche
Pour mémoire, et parce qu’il existe une constellation de récompenses littéraires, l’Académie française a créé son prix du roman en 1914, à une époque où le prix Goncourt était déjà décerné depuis plus d’une décennie. Il est décerné chaque année en octobre et ouvre traditionnellement la saison des prix d’automne. Cette année, c’était presque vrai : le prix Décembre l’avait devancé de deux jours.
La première sélection est tombée le 1er octobre, et le 15 octobre, il ne restait plus que trois titres. Les académiciens se sont départagés au troisième tour, huit voix contre sept, ce qui donne une idée du suspense ! Yannick Haenel, lui, n’aura pas le temps de méditer sur la solitude des finalistes (on espère que vous avez la référence pour mieux comprendre le jeu de mots) : il figure aussi parmi les quatre derniers prétendants au Goncourt (voir notre guide des romans en lice pour le Goncourt 2026), qui sera proclamé le 3 novembre. Une voix de plus là-bas, et on n’en parlera plus.

Le Rappel des oiseaux, de Sébastien Lapaque : ce que raconte le roman lauréat

Noé a 7 ans quand on le rencontre, aux portes de la Bretagne, du côté de Fougères. Enfant unique, il se sent terriblement seul. Ses parents ont enterré toute poésie sous les chiffres du commerce, et il se réfugie chez sa grand-mère, Mame, dans une maison de granit pleine de cousins. Elle lui apprend à reconnaître les hirondelles, les martinets et les coucous. Noé les observe, les dessine et les nomme. On le retrouve ensuite à différentes étapes de sa vie, en 1977, 1983, 1994 et 2005 : d’abord jeune homme étudiant les arcs-en-ciel, puis adulte se liant d’amitié avec Saïd, un collègue professeur de philosophie. La disparition d’Azou, son amour de jeunesse, le lance sur un chemin spirituel dans le sillage de François d’Assise, qui hante ses nuits. Le jour, le chant des oiseaux le ramène vers elle.
Sur le papier, on pourrait s’attendre à un livre pieux. Ce n’en est pas un. Lapaque construit son roman sur des sauts dans le temps, comme une série de clichés pris à des années d’écart, et il laisse les ellipses faire le travail du deuil. Le prénom du héros ne doit rien au hasard, et les plus observateurs l’auront sans doute déjà compris : comme le patriarche de l’Arche, Noé voit dans les oiseaux des messagers de vie. Le livre ne fait pas l’impasse sur le désenchantement de l’époque, mais il refuse de s’y installer comme tant de romans contemporains. Il cherche plutôt les endroits où la grâce affleure encore : une grand-mère qui prend la vie comme elle vient, un cousin fantasque, une amitié d’adulte. C’est aussi une méditation sur l’espérance et l’amitié.
Qui est Sébastien Lapaque, lauréat du Grand Prix du roman 2026 ?
Il est né en 1971 à Tübingen, en Allemagne, et a étudié l’histoire et la philosophie à la Sorbonne. Il entre au Figaro littéraire à la fin des années 1990. En 1998, il publie un premier essai, Georges Bernanos encore une fois, et un premier roman, Les Barricades mystérieuses, avec les encouragements de son ami Frédéric H. Fajardie.
Depuis, Bernanos ne l’a plus quitté : il a consacré une enquête à l’exil brésilien de l’écrivain, Sous le soleil de l’exil. Lapaque est aussi un défenseur infatigable du vin nature, au point d’avoir publié un Petit Lapaque des vins de copains. Pourquoi pas ! Et il y a un détail qui éclaire tout : en 2008, il signait déjà chez Stock un Sermon de saint François d’Assise aux oiseaux et aux fusées. Chez lui, les oiseaux et les figures spirituelles ne sont pas une nouveauté, c’est une habitude.
Que lire de Sébastien Lapaque après Le Rappel des oiseaux ?
Ce monde est tellement beau (Actes Sud, 2021) est le parent le plus proche du lauréat. Lazare, professeur d’histoire-géographie de 40 ans, n’en peut plus des turpitudes du monde. Le roman raconte sa résurrection, fruit de nouvelles rencontres, jusqu’à retrouver le goût de la vie et de la joie, avec l’amitié comme fil d’Ariane, toujours. Il a reçu le prix Jean-Freustié en 2021. Le titre dit déjà tout du programme.
Échec et mat au paradis (Actes Sud, 2024) imagine un dialogue entre Stefan Zweig, athée, et Georges Bernanos, croyant, exilés tous les deux au Brésil au début de 1942. La rencontre se passe dans la ferme de Bernanos, quelques jours avant que Zweig et sa femme Lotte mettent fin à leurs jours. Ce face-à-face sur la mélancolie et l’espérance, deux thèmes chers à l’écrivain, lui a valu le Renaudot de l’essai en 2024.


Mythologie française (Actes Sud, 2002) est un recueil de nouvelles, couronné du Goncourt de la nouvelle. C’est la bonne porte d’entrée si l’on veut goûter à sa plume par petites doses.
Les plus curieux et motivés remonteront jusqu’aux premiers romans, tous chez Actes Sud : Les Barricades mystérieuses (1998, repris dans la collection Babel noir), Les Idées heureuses (1999), Les Identités remarquables (2009) et La Convergence des alizés (2012).


Les derniers lauréats du Grand Prix du roman de l’Académie française
| Année | Lauréat | Livre | Éditeur |
|---|---|---|---|
| 2026 | Sébastien Lapaque | Le Rappel des oiseaux | Actes Sud |
| 2025 | Yanick Lahens | Passagères de nuit | Sabine Wespieser |
| 2024 | Miguel Bonnefoy | Le Rêve du jaguar | Rivages |
| 2023 | Dominique Barbéris | Une façon d’aimer | Gallimard |
| 2022 | Giuliano da Empoli | Le Mage du Kremlin | Gallimard |
| 2021 | François-Henri Désérable | Mon maître et mon vainqueur | Gallimard |
| 2020 | Étienne de Montety | La Grande Épreuve | Stock |
| 2019 | Laurent Binet | Civilizations | Grasset |
| 2018 | Camille Pascal | L’Été des quatre rois | Plon |
| 2017 | Daniel Rondeau | Mécaniques du chaos | Grasset |
| 2016 | Adélaïde de Clermont-Tonnerre | Le Dernier des nôtres | Grasset |
Questions fréquentes
Qui a gagné le Grand Prix du roman de l’Académie française 2026 ?
C’est Sébastien Lapaque, pour Le Rappel des oiseaux (Actes Sud). Le prix lui a été remis le jeudi 29 octobre 2026, au troisième tour de scrutin, avec huit voix contre sept pour Yannick Haenel.
Combien rapporte le Grand Prix du roman de l’Académie française ?
Le lauréat reçoit 10 000 euros. Le prestige compte au moins autant : le prix compte traditionnellement parmi les premières récompenses de l’automne.
De quoi parle Le Rappel des oiseaux de Sébastien Lapaque ?
Le roman suit Noé, un enfant solitaire du pays de Fougères, sur près de trente ans, de 1977 à 2005. Après la disparition de son amour de jeunesse, il suit un chemin spirituel inspiré de François d’Assise, guidé par le chant des oiseaux.
Quels étaient les finalistes du Grand Prix du roman 2026 ?
Il y en avait trois : Sébastien Lapaque pour Le Rappel des oiseaux (Actes Sud), Yannick Haenel pour La solitude des professeurs est infinie (Gallimard) et Marie Petitcuénot pour Heures sauvages (Éditions Héloïse d’Ormesson).
Qui a gagné le Grand Prix du roman de l’Académie française en 2025 ?
C’est l’autrice haïtienne Yanick Lahens, pour Passagères de nuit, publié chez Sabine Wespieser.