Meryl, une enfance martiniquaise et un cousin pour professeur
Avant Bercy, il y a eu Le Lamentin, où Cindy Elismar, son vrai nom, voit le jour en 1995, puis Saint-Esprit et la cité Manikou, à Rivière-Pilote. Côté oreilles, c’est son père qui fait l’éducation, et force est de reconnaître qu’il est un bon professeur : kompa, reggae, dancehall, salsa, tout ce que la Caraïbe compte de rythmes passe dans le salon. Le rap, lui, arrive par la famille. En 2013, son cousin Specta, figure de l’underground martiniquais, la prend sous son aile, lui apprend à écrire et l’invite sur ses morceaux. Elle a 18 ans, un nom de scène tout neuf, Meryl donc, et déjà une idée assez précise de ce qu’elle veut.
En 2015, direction Montpellier, officiellement pour les études. Officieusement, elle y croise la route du producteur Mr. Nin, qui lui fait enregistrer ses premiers titres en créole.
Toplineuse pour SCH, Soprano et Niska : la nouvelle école de l’ombre
Le vrai tournant, pourtant, se joue loin des projecteurs. Pendant plusieurs années, Meryl écrit et surtout compose des lignes de chant, notamment les refrains, pour d’autres. Le métier a un nom un peu barbare, « toplineuse », mais une réalité très concrète : c’est elle qui trouve la mélodie que la star va poser. SCH, Soprano, Niska, Shay, M. Pokora : la liste de ceux qui ont profité de son oreille a de quoi faire pâlir pas mal d’artistes en solo ! Surtout qu’on le sait, en musique, si les paroles ont du sens et une importance forte, la mélodie prime souvent, et c’est son efficacité ou non qui fera d’un titre un tube… ou un relatif flop.
Ce métier de l’ombre, Meryl ne l’a jamais vécu comme une frustration, plutôt comme un apprentissage. « Être toplineuse, c’est une forme d’éducation », expliquait-elle en 2020 pour Pan African Music. Et un formidable carnet d’adresses : « Ça m’a permis de me faire connaître », reconnaît-elle aussi pour BFM. Dans un milieu où beaucoup cherchent la lumière à tout prix, elle a d’abord appris le métier par la porte de service.
« Béni » et Jour avant Caviar : Meryl sort de l’ombre
En 2019, « Béni » la fait enfin connaître du grand public. Dans la foulée, elle signe chez AllPoints, la branche du groupe Believe, et sort en 2020 sa première mixtape, Jour avant Caviar, sept titres où le français et le créole se passent le micro sans complexe. Le titre n’est pas choisi au hasard : « Jour Avant Caviar, c’est l’expression de toutes ces années de manque et de frustration », dit-elle à l’époque.
La suite est moins tapageuse, mais tout aussi décisive. Après deux années plus calmes, elle revient en 2023 avec l’EP Ozoror et remplit l’Élysée Montmartre pour son premier concert parisien. En février 2024, les Victoires de la musique la nomment deux fois, en Révélation féminine et en Révélation scène. Elle repart sans trophée, certes, mais avec quelque chose qu’aucune statuette ne saurait égaler : l’attention de toute l’industrie.
Meryl, de Caviar I à La Dame : la patronne, c’est elle
Le 14 juin 2024, Caviar I marque son entrée dans la cour des albums. Dix-sept titres, des invités comme Josman, une bande de jeunes artistes antillais sur « Dembow Martinica », et en clôture un remix de « Siwo » avec Jocelyne Béroard, la voix de Kassav’. Meryl y voit une validation importante, et on la comprend : se faire adouber par une légende du zouk, c’est un peu comme recevoir les clés de la maison et l’invitation à prendre ses aises sur le canapé. Détail qui compte, l’album sort sur son propre label, Maison Caviar. Elle chante pour elle, mais elle signe pour elle aussi.
Dix-huit mois plus tard, le 28 novembre 2025, La Dame enfonce le clou. Encore dix-sept titres, et cette fois des invités qui pèsent : Theodora sur « Paparazzi » et « Instructions », Eva sur « Coco Chanel » (le tube de l’été 2026 et les vlogs de Léna Situations ne sont pas en reste), N’Ken sur « Shatta Confessions ». Le disque est certifié or en mai 2026, et deux de ses singles atteignent le diamant à l’été. Pour une artiste qui a longtemps fait briller les autres, le retour de lumière est spectaculaire.
Shatta, créole et duos en or : pourquoi Meryl cartonne ?
Si Meryl remplit aujourd’hui des arénas, ce n’est pas un hasard. D’abord, il y a le shatta. Né dans la seconde moitié des années 2010 dans le quartier de Volga-Plage, à Fort-de-France, ce cousin du dancehall aux basses lourdes et aux percussions sèches a quitté la Martinique pour s’installer dans les playlists de l’Hexagone. Meryl n’en est peut-être pas l’inventrice, mais elle en est devenue l’une des plus puissantes ambassadrices ici, avec « Coco Chanel » et « Shatta Confessions » comme étendards. Les deux titres pèsent chacun plus de 50 millions d’équivalents streams !
Ensuite, il y a la langue. Meryl n’a jamais choisi entre le créole et le français, et c’est précisément ce qui la rend unique. « Je me sens martiniquaise et créole à fond. Je ne peux pas fuir mon identité », confiait-elle en 2020, toujours à Pan African Music. Ce n’est pas un argument marketing, elle impose sa langue et laisse le public venir à elle. Et il est venu, oh oui, en masse même. « Je peux faire du rap comme du zouk », résumait-elle pour BFMTV à la sortie de Caviar I, et c’est peut-être là le secret : une artiste qu’on ne peut ranger dans aucune case finit par les remplir toutes.
Enfin, il y a ce fameux savoir-faire de mélodiste, aiguisé pendant des années au service des autres. Ses refrains accrochent dès la première écoute, et les plus grandes voix du moment ne s’y trompent pas : Eva, Theodora, Timal, avec qui elle signe « Cartel », certifié platine en 2025. Quand on a passé des années à écrire des tubes pour les autres, on finit par savoir en écrire quelques-uns pour soi. En avril 2026, « Coco Chanel » lui vaut d’ailleurs la Flamme du morceau caribéen ou d’inspiration caribéenne de l’année. Le titre est aussi en lice aux NRJ Music Awards 2026, dans la catégorie Collab’ francophone, le 23 octobre à Cannes, trois jours avant Bercy. Si elles ne sont pas du tout dans le même répertoire, Meryl n’est pas sans faire penser à l’Australienne Sia, qui a mis sa carrière solo entre parenthèses pour écrire les tubes des autres (Rihanna, Céline Dion…) avant de revenir en pleine lumière avec « Chandelier ».
Meryl à l’Accor Arena : deux soirs pour une consécration
Le parcours scénique de Meryl ressemble à un escalier qu’elle aurait gravi marche par marche sans en passer aucune : l’Élysée Montmartre en 2023, le Zénith de Paris en 2024, le festival Yardland en 2025. Puis, le 29 octobre 2025, l’annonce qui fait l’effet d’une petite bombe : un concert à l’Accor Arena le 27 octobre 2026, une salle réservée aux poids lourds de l’industrie. Deux semaines plus tard, la date affiche complet. En février 2026, face à la demande croissante, une seconde soirée est ajoutée la veille, le 26 octobre.
Pour une artiste qui chante en créole et défend un genre né dans un quartier de Fort-de-France, c’est un symbole fort. Et elle ne s’arrête pas là : après Bercy, sa tournée file de Saint-Malo à Rouen en passant par Brest, Montpellier, Reims ou Bruxelles, avec une vingtaine de dates dont la plupart ne sont déjà plus réservables. L’Accor Arena, elle, enchaîne les soirées rap et pop cet automne : Bigflo & Oli y défendent Karma les 19 et 20 octobre, une semaine avant elle. Bercy n’a pas fini de vibrer.
Questions fréquentes
Quand Meryl est-elle en concert à l'Accor Arena ?
Meryl se produit deux soirs de suite à Paris, le lundi 26 et le mardi 27 octobre 2026 à 20 h, à l’Accor Arena de Bercy. La seconde date a été ajoutée après que la première a affiché complet.
D'où vient Meryl ?
Meryl, de son vrai nom Cindy Elismar, est née en 1995 au Lamentin, en Martinique. Elle a grandi entre Saint-Esprit et Rivière-Pilote avant de partir à Montpellier en 2015, où elle a enregistré ses premiers titres.
Pour quels artistes Meryl a-t-elle écrit ?
Avant sa carrière solo, Meryl a travaillé comme toplineuse, c’est-à-dire créatrice de mélodies, pour SCH, Soprano, Niska, Shay ou M. Pokora. Une expérience qu’elle décrit elle-même comme « une forme d’éducation ».
Quel est le dernier album de Meryl ?
Son dernier album s’appelle La Dame. Sorti le 28 novembre 2025, il compte dix-sept titres, dont « Coco Chanel » avec Eva et « Instructions » avec Theodora, et a été certifié disque d’or en mai 2026.
Qu'est-ce que le shatta ?
Le shatta est un sous-genre du dancehall né en Martinique, à Fort-de-France, dans la seconde moitié des années 2010. On le reconnaît à ses basses très lourdes, ses percussions sèches et sa place centrale accordée à la danse. Meryl en est aujourd’hui l’une des ambassadrices les plus populaires.