Musique

Pierre de Maere : « Je reste un petit conquérant vulnérable »

Cinq ans après le carton d'« Un jour je marierai un ange » et trois ans et demi après son premier album, Regarde-moi, Pierre de Maere rempile. Son deuxième opus, Ave de Maere, paru le 25 septembre 2026, se révèle plus intimiste et rétrospectif que ses précédentes livraisons. Rencontre.

Pierre de Maere en pull rayé

Sur Carrefour.fr : Regarde-moi, son premier album en édition Deluxe

Il y a deux ans, vous disiez en interview que chaque chanson de votre « futur » disque pourrait avoir son propre look vestimentaire. Vous le maintenez ?

Pierre de Maere : Je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça ! Mais aujourd'hui, ce qui fait sens, c'est que chaque morceau prend une direction différente. Je pourrais tous les clipper sans que les images se ressemblent. Et je pourrais imaginer plusieurs personnalités pour chaque titre : la garde-robe serait variée.

« Je pense à vous », le clip officiel. © Pierre de Maere

D'où vient ce besoin de changer sans cesse de registre ?

J'ai peur d'ennuyer les gens depuis toujours. Même dans la vie de tous les jours, quand je parle, j'essaie un peu de divertir mon interlocuteur. J'ai peur d'être un « tunnel ».

Ça se retrouve aussi sur scène ?

Dès mes premiers concerts, je pouvais avoir cinq tenues différentes en quarante-cinq minutes, ajouter des artifices qui n'étaient pas forcément nécessaires… J'avais vraiment peur que le public s'ennuie.

Vous êtes de nationalité belge, appartenez-vous à une scène locale ?

Entre les artistes de ma génération, et même de la précédente, il y a quelque chose. J'ai rencontré Stromae plusieurs fois : il a toujours été très encourageant, généreux. Je pense qu'il existe une vraie solidarité.

Entre Mentissa, Angèle, Damso ou Hamza, la scène belge francophone connaît un énorme succès en France ces dernières années.

« Depuis Stromae, il s'est passé quelque chose »

Qu'est-ce que cela change d'être belge aujourd'hui ?

On a tous vécu avec ce sentiment d'être petits, entourés de voisins cinq ou six fois plus grands que nous. Depuis Stromae, il s'est passé quelque chose. Quand je suis arrivé dans le paysage musical francophone, on me demandait tout le temps : « Mais combien est-ce que vous allez nous en pondre, des artistes belges qui fonctionnent ? » Il y avait une vraie hype autour de la belgitude. Aujourd'hui, être appréciés à notre juste valeur, pour un petit pays comme le nôtre, c'est agréable.

Portrait de Pierre de Maere en chemise rouge
Pierre de Maere. © Marcin Kempski

Pourquoi avoir laissé passer trois ans et demi avant ce deuxième album ?

Aujourd'hui, c'est un luxe, surtout quand le premier a eu du succès. Mais je suis lent et je suis impliqué à tous les étages : j'écris, je compose, je produis essentiellement, et on travaille sur les mix avec mon frère.

Vous n'aviez pas eu cette liberté la première fois ?

J'avais surtout eu seulement six mois pour l'écrire. « Un jour je marierai un ange » fonctionnait, il fallait battre le fer tant qu'il était chaud. Cette fois, le label m'a dit : « Fais ton truc et quand tu seras prêt, tu nous reviens. »

Comment s'est déroulé le processus ?

J'ai lancé une centaine d'idées de chansons ou de titres. Certaines tenaient à très peu de choses. Au final, j'en ai gardé douze. Avoir du temps m'a permis d'aller plus loin. Je suis fier de chacun des morceaux et ils me ressemblent.

Vous poursuivez aussi votre collaboration avec Edie Blanchard ?

Absolument. On progresse tous les deux, donc c'est vraiment jouissif. En plus d'être une collaboratrice historique et de choix, Edie est ma meilleure amie. Je travaille avec mon frère sur la musique, avec elle sur les visuels… et j'ai beaucoup travaillé avec mon mec aussi.

Edie Blanchard, fille aînée de Philippe Katerine, est autrice, journaliste, mais aussi et surtout directrice artistique et réalisatrice de Pierre de Maere, Vendeur, Hoshi…

De quelle manière ?

Jack a notamment écrit le concept du clip de « Je pense à vous », réalisé ensuite par Edie. Il a aussi travaillé sur le suivant. Il y a ce triangle créatif autour de moi : Xavier, mon frère, sur les mix et les finitions, Edie et Jack sur les visuels.

Qu'est-ce que ça change de travailler avec des gens aussi proches de vous ?

C'est un privilège. Ils me connaissent par cœur, ils connaissent mes goûts, donc il n'y a pas tout ce travail diplomatique où il faut dire : « Ah non, ça, j'aime pas trop… » On ne prend pas de pincettes et on avance. On a essayé de faire briefer d'autres réalisateurs, notamment parce que j'avais peur de me répéter, mais on s'est rendu compte qu'on ne s'y retrouvait pas. Ça ne veut pas dire que je veux travailler éternellement de la même manière. Ce qui m'intéresse chez Bowie ou Lady Gaga, c'est justement leur côté caméléon. Là, c'est mon deuxième disque : je voulais aller plus loin dans quelque chose que j'avais entamé avec les mêmes personnes, qui ont elles aussi progressé en trois ou quatre ans. Mais sur le troisième, il faudra sans doute s'entourer différemment.

Jusqu'où va votre implication dans l'image ?

Très loin. Pour la pochette de cet album, on a organisé trois shootings, avec trois photographes différents, et c'est vraiment au dernier moment, après des séances en Pologne, une autre avec Jack, que j'ai vraiment eu le déclic pour cette photo.

Pierre de Maere en costume noir, de profil
Pierre de Maere. © Marcin Kempski

Vous avez un côté perfectionniste ?

Je pense que tout est une bataille dans un projet artistique : l'image, la musique, le mix… Il faut aller au bout. Tant qu'il n'y a pas une satisfaction, presque quelque chose de jouissif à regarder une pochette ou à écouter un mix, ce n'est pas bon. Il ne faut pas s'arrêter.

« Je me suis toujours dit : c'est l'art ou rien »

Vous abordez la création d'une manière personnelle dans la chanson « Les jolis talents », qui porte sur la vocation artistique…

Oui. Je m'adresse très précisément à une cousine qui fait de la couture, et qui le fait très bien, presque en secret. Ses parents lui imposent des études très chronophages qui l'empêchent de faire ce qu'elle a envie de faire. C'est moi qui lui ai acheté sa machine à coudre ! Mais je pense que le sujet est assez universel. Ma mère pourrait s'y retrouver, comme beaucoup d'ados, de post-ados ou même d'adultes qui ont refoulé une passion, une envie de faire quelque chose de spécial. Pour moi, c'est presque le titre le plus utile de l'album : un rappel à l'ordre pour les créatifs qui s'oublieraient un peu.

La mère de Pierre de Maere exerce le métier d'architecte, mais est également sculptrice.

Vous-même, le système scolaire vous a-t-il poussé vers un métier plus traditionnel ?

Je pense que ça a été tout l'inverse. J'étais tellement peu intéressé par ce qu'on me présentait, que ça m'a donné une image assez pourrie de la bureaucratie et des métiers classiques. Alors qu'il n'y a évidemment aucun problème avec ça ! Mais pour moi, ce n'était pas possible. Je me suis toujours dit : c'est l'art ou rien.

Vous saviez déjà sous quelle forme ?

Non. Ça pouvait être la photo de mode, parce que j'aimais ça, la musique, autre chose, même réaliser un film… Beaucoup de choses m'auraient amusé. Finalement, c'est devenu la musique parce que j'étais meilleur pour composer des chansons que pour prendre des photos ou écrire des histoires.

Qu'est-ce qui change avec ce deuxième album ?

Il y a surtout une vraie opposition entre les deux disques. Le premier parlait de rêves, de fantasmes, de choses à vivre. Celui-ci raconte des histoires vraies, des premières fois parfois arrivées un peu sur le tard. J'ai toujours été sincère, mais avant, je pouvais interpréter des situations qui ne m'appartenaient pas vraiment : être soldat dans une chanson, parler de cocaïne alors que je n'en ai jamais consommé… Ici, il n'y a quasiment plus de fiction. Tout est plus ou moins vrai.

Pierre de Maere en pull rayé
Pierre de Maere. © Marcin Kempski

« Je me vois comme un conquérant de nouvelles sensations »

Et vous remontez assez loin dans votre vie…

Oui, c'est complètement rétrospectif. Il n'y a presque qu'une chanson qui reflète ma vie actuelle. Le disque a du coup une structure chronologique, un peu par hasard d'ailleurs. Les morceaux se sont enchaînés comme ça et, au final, c'est une sorte de journal intime sur sept ans de vie. Ça commence avec « Mon paradis ». J'ai 18 ans, je suis en terminale et je tombe amoureux pour la première fois d'un garçon. C'est le moment où je dois affronter ça. Être gay, c'est une chose. On peut le cacher à vie, ça peut se refouler. Mais tomber amoureux, je trouve ça impossible à refouler. À un moment donné, il faut en parler, il faut le vivre, sinon c'est juste passer à côté de sa vie. J'étais dans un collège et un lycée jésuites, dans quelque chose d'assez traditionnel. Il m'a donc fallu passer par cette étrange épreuve qu'est le coming out. « Mon paradis » raconte ça, et tout commence là. Ensuite viennent les histoires d'amour, la découverte de moi-même, de l'intimité.

Pierre de Maere a suivi sa scolarité au Collège du Christ-Roi, établissement catholique d'Ottignies-Louvain-la-Neuve, au centre de la Belgique.

Dans « Quasiment parfait », vous évoquez d'ailleurs une histoire d'amour manquée…

À la fin du lycée, j'étais amoureux d'un mec qui avait un an de moins que moi, vraiment hyper charmant, et ma technique d'approche était de le séduire en lui ressemblant. Je me suis transformé, pour lui, à tous les niveaux. Je me suis mis à courir, par exemple, ce qui n'a vraiment aucun sens (rires) ! J'ai changé ma manière de m'habiller, plein de choses, et évidemment, ça n'a rien donné. Dans le refrain, je dis : « Tout est beau, tout est quasiment parfait. » Il y avait cette illusion de pouvoir maîtriser l'amour, cette envie de tout contrôler. Évidemment, c'était faux. Et dans le disque, les choses restent assez foireuses jusqu'à ce qu'arrive une relation plus équilibrée, saine, heureuse.

Les anciennes relations ont d'ailleurs une certaine importance dans ce disque. Quel ex êtes-vous, vous-même ?

Un ex discret. J'ai peur de déranger, donc, dans la vraie vie, je ne fais pas grand-chose. En revanche, dans « J'aurais fini par te plaire », j'ai écrit tout ce que je n'ai jamais dit à des garçons qui n'avaient pas fait le même choix que moi. J'aurais voulu les supplier, en fait. Sauf que je ne fais pas ça. J'ai quand même un peu d'amour-propre, je suis raisonnable… Mais au fond de moi, je n'en ai pas vraiment ! Alors, dans la chanson, j'avoue tout l'inavouable : à quel point j'aurais pu me transformer pour eux, recommencer à zéro, changer des choses chez moi… C'est quelque chose de l'ordre de la soumission. Mais, plutôt que de leur envoyer des messages tardifs, alcoolisés, qui n'auraient probablement pas eu beaucoup d'effet, je me suis dit : « Prenons le temps d'écrire une jolie chanson qu'ils entendront peut-être à la radio. »

Quand vous regardez ces sept années, quel personnage voyez-vous ?

Je me vois comme un conquérant de nouvelles sensations, à la conquête de moi-même aussi. Pour moi, ce disque raconte une espèce d'adolescence tardive. Je reste un petit conquérant vulnérable. Un adolescent, c'est quelqu'un qui ne sait rien et qui touche à tout. Il y a cette envie d'aller à l'aventure, de découvrir des sensations nouvelles, d'en découdre avec la vie. D'où le titre un peu triomphant, un peu conquérant, Ave de Maere.

Une tournée est annoncée, avec deux dates à l’Ancienne Belgique de Bruxelles les 1er et 2 décembre 2026, puis deux concerts à l’Olympia de Paris les 8 et 9 décembre 2026.

Questions fréquentes

Quand sort le deuxième album de Pierre de Maere ?

Ave de Maere est sorti le 25 septembre 2026. C'est son deuxième album, trois ans et demi après Regarde-moi. Il compte douze titres, sélectionnés parmi une centaine d'idées de chansons.

Quel est le premier album de Pierre de Maere ?

Regarde-moi, sorti au printemps 2023. Il avait été écrit en six mois, dans la foulée du succès du single « Un jour je marierai un ange ».

De quoi parle Ave de Maere ?

L'artiste le décrit comme un disque rétrospectif et presque entièrement autobiographique, construit par hasard en ordre chronologique, « une sorte de journal intime sur sept ans de vie ». Il y raconte des histoires vraies, là où le premier album parlait de rêves et de fantasmes.

Qui travaille avec Pierre de Maere ?

Une équipe très resserrée : son frère Xavier sur les mix et les finitions, Edie Blanchard, sa meilleure amie, à la direction artistique et à la réalisation des clips, et Jack, son compagnon, sur les concepts visuels.

Pierre de Maere est-il belge ?

Oui. Il évoque dans cet entretien la scène belge francophone et le rôle de Stromae, qu'il décrit comme encourageant et généreux.

Sources

Le magazine Carrefour Savoirs, n°328, octobre 2026, pages 33 à 35.

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