Cult’ : Pourquoi avoir appelé ce disque Studio Saint-Germain, du nom du lieu d’enregistrement ?
Pierre Souchon : « En fait, comme on fait cette tournée avec les chansons de mon père complètement dépouillées, on s’est dit que ça serait bien qu’elle soit sur un disque. Cela donne des versions qui rappellent la manière dont elles ont été créées, juste un piano-voix ou une guitare-voix. On a décidé de faire ça au Studio Saint-Germain, qui est un studio dans notre quartier. »
Alain Souchon : « On a passé un très bon moment dans ce studio, et ça nous a rappelé tous les concerts qu’on a faits avec ces chansons. Les rassembler, les chanter là-bas, c’était un moment heureux pour nous. »
Que représente pour vous un lieu aussi particulier qu’un studio ?
Alain Souchon : « En général, la technique est bonne partout, mais ce sont les gens qui tiennent le studio, les preneurs de son, les ingénieurs, qui en font l’âme. »
Comment se déroule le travail ensemble ? C’est un système démocratique ?
Pierre Souchon : « Chacun a besoin de l’approbation des deux autres. On a envie d’être rassuré, on a besoin d’être tous les trois d’accord sur la même position. Si mon père a envie de quelque chose, mais que mon frère est réticent, on ne le fait pas. On se fait beaucoup confiance et on se demande beaucoup nos avis. »
Alain Souchon : « Ce qui est drôle, c’est qu’il n’y a pas d’énervement. Dans la vie, on peut s’agacer, mais là, ça se passe toujours en douceur, amicalement et gentiment. »

« Jane Birkin fait un peu partie de notre famille, on est contents de l’évoquer à travers cette reprise. » (Alain Souchon)
Alain, vous disiez que travailler avec ses enfants n’est « pas du tout la même chose » qu’avec des personnes extérieures. Pouvez-vous préciser ?
Alain Souchon : « C’est très curieux. Il y a une intimité dans les rapports familiaux, et en même temps, on a davantage de retenue. On est plus à l’aise avec les gens de l’extérieur sur certains points, parce que, dans la famille, les choses de l’amour, les émotions sont toujours un peu cachées. Disons qu’on ne les expose pas de la même manière. En famille, on a bien sûr une histoire commune, une confiance immédiate, mais le travail artistique passe par un canal différent, plus immédiat, et avec une pudeur différente de la vie personnelle. »
Pierre Souchon : « Oui, et en même temps, il n’y a pas d’énervement, comme pouvait le dire mon père. Dans la vie, on peut se chamailler pour un rien, une bouteille posée sur une nappe, mais là, sur scène ou en studio, ça se passe toujours en douceur, amicalement et gentiment. C’est un espace protégé, en quelque sorte. »
Pourquoi avoir repris « Comédie », à l’origine un duo entre Alain et Jane Birkin ?
Pierre Souchon : « “Comédie” faisait partie des chansons de mon père assez peu connues du grand public que l’on avait envie de mettre en avant. Cela nous permettait de faire un clin d’œil, un petit hommage à Jane Birkin qu’on aimait beaucoup et avec qui on a beaucoup de souvenirs. »
Alain Souchon : « On a passé beaucoup de moments ensemble, Jane et moi. Pierre est parti en Angleterre avec elle. C’est quelqu’un qui fait un peu partie de notre famille, on est contents de l’évoquer à travers cette reprise. »
Une autre chanson, « L’Amour en fuite », vient d’un film de Truffaut, autour d’un personnage qui se cherche une famille. Qu’est-ce que cela vous évoque ?
Pierre Souchon : « Pour nous, la famille représente un réconfort, quand on se trouve ensemble. Quand on est séparés, on anticipe le plaisir des retrouvailles. Notre tournée est très familiale : notre mère nous accompagne dans les coulisses, nous sommes tous les trois sur scène, avec peu de techniciens, formant un groupe soudé. »

L’album contient des passages où vous harmonisez vos voix. Cela vous semblait naturel ?
Pierre Souchon : « Mon père a toujours eu un goût prononcé pour les chants, les résonances, avec Laurent Voulzy. Ils aiment aller dans les chapelles pour que leurs voix résonnent. Moi, j’ai pris goût à cela. À un moment, j’ai fait un groupe avec le fils de Laurent Voulzy, et on harmonisait beaucoup parce que nos pères le faisaient. On aime bien chanter comme ça ensemble, harmoniser des chansons très simples. »
Alain Souchon : « Quand on chante à trois avec peu d’accompagnement, ça donne naturellement envie d’harmoniser de temps en temps. Sur certaines de mes chansons enregistrées, il y a des passages où je chante la mélodie, et où se surimpressionne ma voix, une tierce au-dessus. » Il chante alors une harmonisation de « Foule sentimentale ». « Avec Pierre et Charles, nous avons insisté sur ces passages, afin qu’ils s’entendent au début, par exemple, et non plus à la fin. »
La tournée avait été annoncée avec le titre « À quoi tu penses ? » sur l’album d’Ours, où vous chantez les paroles « faire des chansons console ». Est-ce le mantra de la famille Souchon ?
Pierre Souchon : « Est-ce que les chansons consolent ? Moi, ça a pu me panser certaines petites douleurs. Quand il y a des choses qui vont de travers, si on trouve un air qui nous fait de l’effet, ça devient une bouffée d’air frais, une jolie marotte. C’est un peu comme un médicament. »
Alain Souchon : « On cherche la substance des chansons dans les aléas de la vie, les émotions, comment la vie nous bouscule. Ça provoque des idées de chansons, et c’est en partie comme cela qu’on se console. »

Pierre Souchon : « Mon père et mon frère mettent des mots sur des douleurs. C’est une manière de se consoler, un baume. »
« Je ne suis pas un enfant de Brassens, je ne suis pas dans la continuité. » (Alain Souchon)
Alain, qui étaient vos pères spirituels à vos débuts ?
Alain Souchon : « J’ai été élevé à une époque où la chanson française était exceptionnelle : Brassens, Brel, Guy Béart, Barbara. Et en même temps, tout ce qui venait des Anglo-Saxons nous donnait envie de bouger. J’ai vécu une période extraordinaire. J’ai été influencé, nourri par eux, mais je ne suis pas un enfant de Brassens, je ne suis pas dans la continuité. »
Qui considérez-vous comme vos fils spirituels, en plus de Pierre et Ours ?
Alain Souchon : « Vincent Delerm, par exemple. J’aime beaucoup ce qu’il fait, je trouve ça intelligent. Chaque fois qu’il fait un nouveau spectacle, j’y vais et je suis emballé. Il a pris dans la chanson française ce qu’il faut : l’intelligence, pas les effets de voix. Écrire des musiques et des paroles qui vont bien ensemble et qui font rêver ou réfléchir. »
Pierre Souchon : « Vincent Delerm appelle très régulièrement mon père, il connaît tout son répertoire. Mon père est un peu un père spirituel pour lui. »
Pierre, qui sont vos pères spirituels dans la chanson, en dehors de votre père ?
Pierre Souchon : « C’est difficile, c’est rarement une personne. Moi, c’était peut-être plus dans le cinéma comique que je trouvais mes pères spirituels. Rire était une échappatoire. J’étais très attiré par Peter Sellers, Louis de Funès. J’étais torturé à l’école, et eux, ils avaient un pouvoir sur moi, ils rendaient l’atmosphère légère. Si j’aime bien faire un peu l’idiot, c’est un peu grâce à eux. Et mon père aussi, qui était un peu farfelu. »
Cette tournée et ce disque, est-ce un moyen pour les enfants Souchon de revenir aux sources paternelles ?
Pierre Souchon : « On avait envie avec mon frère de mettre en avant des chansons qui ont encore une résonance très actuelle. Mon père a fait beaucoup de chansons sociétales il y a 30 ou 40 ans, et elles sont encore très actuelles. On voulait les faire découvrir à une nouvelle génération. Il nous a laissé carte blanche sur le choix, il a été sympa. Des chansons comme “J’étais pas là” ou “L’Amour en fuite” nous touchent beaucoup. Elles sont intemporelles. »
Qu’est-ce que cela fait d’être les enfants d’un chanteur célèbre ?
Pierre Souchon : « Quand on était petits, avec Charles, nous voyions notre père partir de temps en temps, avec Laurent Voulzy, pour aller fabriquer des chansons. Et ça nous intriguait. On rêvait d’être une petite souris pour voir ce qu’ils mijotaient tous les deux quand ils étaient ensemble. Dans notre maison d’enfance, il n’y avait pas de guitare, de disque d’or, on ne baignait pas dans une ambiance de spectacle. Et pourtant, cela nous a toujours attirés. C’est la même chose avec mes amis proches, que ce soit Thomas Dutronc, Matthieu Chedid, Julien Voulzy : on se dit qu’on est “des enfants de la balle”. »
« J’ai eu des rendez-vous ratés avec les maisons de disques, un peu à cause de mon nom » (Pierre Souchon)
Quelques familles de musiciens, pour finir. Les Chedid ?
Pierre Souchon : « Tout part de la relation entre mon père et Louis Chedid. Ils se sont rencontrés lorsque Laurent Voulzy était très pris et que mon père devait sortir un disque. Il est allé travailler avec Louis, qu’il aimait beaucoup. Moi, j’accompagnais parfois mon père le samedi chez les Chedid, et parfois j’y retrouvais Matthieu. On était dans la même école, on s’est lié d’amitié. Quand on a commencé notre tournée familiale, comme ils avaient fait aussi des concerts, on s’est dit : “On fait comme les Chedid ?” On avait même pensé à un nom comme “Les Enfants Chedid” pour aguicher le client [rires]. Ce sont un peu nos cousins. »
Les Beach Boys ?
Alain Souchon : « Quand on écoutait les Beach Boys, on était fasciné par les voix, l’écriture des voix qu’ils faisaient ensemble, c’était génial. »
Les Cherche-Midi ?
Pierre Souchon : « On était très jeunes, peut-être trop jeunes, et on s’est fait un peu prendre par la main par les maisons de disques. On a brûlé des étapes, on n’a pas fait nos classes dans des petits bars. On a tout de suite fait des émissions très connues. Quand j’écoute les chansons, je trouve ça charmant, mais avec du recul, on n’était pas tout à fait prêts. »
Pierre, vous évoquiez la difficulté de se lancer en solo avec un nom comme Souchon
Pierre Souchon : « J’ai eu des rendez-vous ratés avec les maisons de disques, un peu à cause de mon nom aussi, qui fausse les données. Faire le même métier que son père en gardant le même nom, c’est comme si je voulais faire des pneus en m’appelant Michelin. On dira tout de suite qu’il ne se détache pas de son père, qu’il est dans l’ombre du Bibendum ! »
Alain Souchon : « Il est drôle mon fils ! »
Pierre Souchon : « Donc je me suis dit que ma place, c’était peut-être de faire des chansons pour les autres, de piloter des projets, mais de ne pas être devant. Ça me permet de vivre de ma passion, d’être un peu en groupe quelque part. Quand je fais des chansons pour Sandrine Kiberlain, je suis un peu un groupe avec elle. Quand j’en fais pour mon père, c’est comme si je faisais un groupe avec lui, mais je suis caché. Et j’ai l’impression que c’est une place qui me correspond. »
Les Frères Jacques ?
Alain Souchon : « C’était la génération d’avant, très portée sur le mime, le théâtre, dans un style qui est passé de mode aujourd’hui, mais les Frères Jacques étaient fabuleux. »
Les Jackson Five ?
Pierre Souchon : « Moi, c’est plus ado que j’ai découvert les Jackson Five, quand j’ai écouté Michael Jackson en solo. J’étais émerveillé par les émissions de variétés rediffusées avec les Jackson Five, c’était phénoménal. »
Quelle édition de « Studio Saint-Germain » choisir ?
| Édition | Ce qu’elle contient | Pour qui |
|---|---|---|
| CD, édition standard | Quinze titres. | Celui qui veut découvrir l’univers de la famille Souchon. |
| CD, édition Deluxe Limitée | Dix-huit titres, soit trois bonus : « La p’tite Bill, elle est malade », « Somerset Maugham » et « J’étais pas là ». | Pour les fans les plus aguerris, frileux à l’idée de passer à côté de titres toujours plus niches. |
| Double vinyle | L’album en 2 LP. | Celui qui écoute en vinyle et veut la meilleure qualité sonore que possible sur sa platine. |
Il existe aussi un double vinyle picture disc. Aucun coffret n’a été édité.
Questions fréquentes
Qui chante sur l’album Studio Saint-Germain ?
Toute la famille Souchon ! Alain le père, son fils Pierre et son autre fils Charles, qui publie sous le nom d’Ours. Les trois se partagent le chant et les harmonies, accompagnés d’une guitare et d’un piano. L’album prolonge la tournée que la famille a menée ensemble à partir de mai 2024.
Pourquoi l’album s’appelle-t-il “Studio Saint-Germain” ?
C’est le nom du studio parisien où il a été enregistré, situé dans le quartier où vit la famille Souchon. Le trio y a réuni les versions dépouillées qu’il jouait sur scène, en piano-voix et guitare-voix.
Quelle est la différence entre l’édition standard et l’édition Deluxe Limitée ?
L’édition standard contient quinze titres, l’édition Deluxe Limitée dix-huit. Les trois bonus sont « La p’tite Bill, elle est malade », « Somerset Maugham » et « J’étais pas là ».
Que fait Pierre Souchon quand il ne chante pas avec son père ?
Il écrit des chansons pour d’autres interprètes, dont Sandrine Kiberlain, et pilote des projets sans être sur le devant de la scène.
Y a-t-il eu un film du concert ?
Oui. Un concert du trio capté à la Salle Pleyel en février 2026 a été projeté au cinéma le 26 mars 2026, dans une réalisation de Thierry Teston distribuée par Pathé, pour une durée de 2 h 10.
Sources
Le magazine Carrefour Savoirs, n°319, janvier 2026, pages 12 à 18 ; site officiel d’Alain Souchon.