Ce lundi 2 novembre, au restaurant La Méditerranée, à Paris, le jury a récompensé Dans les grandes lignes, un livre où l’on suit à pied lesdites lignes à très haute tension qui quadrillent le pays. Mais que raconte ce récit, et surtout, qui est donc l’homme au bout du câble ?
- Le prix Médicis 2026 a été décerné le lundi 2 novembre à Philippe Vasset pour Dans les grandes lignes, publié chez Flammarion, lors de la délibération du jury au restaurant La Méditerranée, à Paris.
- Le vote s’est joué de justesse : cinq voix contre quatre face à Lucie Rico et son roman Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ? (P.O.L), déjà finaliste du prix Décembre la semaine précédente. Décidément !
- Le livre raconte la marche de l’auteur le long des lignes à très haute tension, à travers la France et au-delà ; c’est le quatorzième livre de cet écrivain et journaliste né en 1972.
- Le reste du palmarès distingue Eva Baltasar (Médicis étranger), Jean-Baptiste Del Amo (Médicis essai) et Richard Zénith, qui reçoit un prix spécial du jury.
Dans les grandes lignes n’est pas encore disponible sur carrefour.fr. Pour prolonger l’expérience de ce Médicis 2026, on vous propose un autre livre qui a fait la course avec lui jusqu’à la deuxième sélection : Nous aussi, d’Anne Godard, lauréat du prix Décembre.
Prix Médicis 2026 : cinq voix contre quatre… et un petit air de « déjà-vu »
La finale s’est jouée à une voix. Eh oui, encore une fois. Face à Philippe Vasset, le jury de neuf membres, où siègent notamment Marie Darrieussecq, Patrick Grainville, Andreï Makine et Dominique Fernandez, avait sur la table Mais que fait ce sang sur le pull de Jennifer ?, de Lucie Rico. Ce même roman que le prix Décembre avait retenu parmi ses trois finalistes, avant de lui préférer Nous aussi, d’Anne Godard (on vous racontait ici ce sacre au prix Décembre).
La deuxième sélection du Médicis, dévoilée le 15 octobre, avait d’ailleurs des allures de remake : sur sept titres, trois sortaient tout droit de la finale du Décembre, ceux d’Anne Godard, de Daria Marx et de Lucie Rico. De quoi rêver d’un doublé à la Kev Lambert, couronné par les deux jurys en 2023 avec Que notre joie demeure. Le Médicis a préféré changer d’air, et même de terrain.
Dans les grandes lignes, de Philippe Vasset : ce que raconte le livre lauréat

Tout commence à Gennevilliers, par un bruit. Mais si, vous savez : ce fameux grésillement que font les câbles au-dessus de nos têtes et que la plupart d’entre nous ont appris à ne plus entendre, à force d’habitude. Philippe Vasset, lui, ne l’a pas juste entendu. Il l’a écouté, avant de décider de suivre ces lignes à très haute tension, celles qui transportent 400 000 volts, à pied et sans carte. Le programme a tout du parcours du combattant, puisqu’il suppose de traverser des champs, des bois, des autoroutes et des voies de TGV, de contourner les zones interdites, de s’enliser dans des impasses boueuses et de redouter qu’un chasseur le prenne pour du gibier par inadvertance.
En chemin, il découvre que Paris est ceinturé par un anneau de lignes long de plus de 250 kilomètres. Il pousse ensuite jusqu’aux Alpes, suit les câbles sous la mer du Nord, puis prolonge la balade en ligne, sur les réseaux électriques du monde entier. Un road trip sans route, et en même temps parfaitement cadré.
Sous les pylônes, une autre carte de France
Ce qui frappe, c’est la façon dont Vasset retourne le paysage. Si un nombre incalculable d’écrivains ont pris le pays de la Révolution pour muse, jamais l’un d’entre eux n’a ne serait-ce que pensé à utiliser un élément du décor aussi banal comme fil d’Ariane. Les lignes à haute tension sont précisément ce qu’on ne regarde pas : l’infrastructure qu’on gomme des cartes postales et des stories Instagram, par manque d’esthétisme, qu’on enterre quand on peut et qu’on oublie le reste du temps. L’auteur fait le choix de dessiner une France de marges, de friches et d’entre-deux, où l’électricité transforme sans bruit (enfin, un peu tout de même) les terres comme les esprits.
La critique a souligné ce que cette marche contient de fuite et de quête à la fois, ses fantômes littéraires aussi, de Rimbaud à Cendrars, et ce qu’elle dit de l’écriture elle-même : avancer sans savoir où le tracé vous emmène. Vasset convoque Don Quichotte et Ferdinand Cheval (le créateur du « Palais idéal », sublime monument qui a nécessité 33 ans de labeur) pour justifier son entreprise : deux obstinés dont on a moqué les lubies par le passé avant de les admirer au présent, voire au futur. Au fond, Dans les grandes lignes raconte une forme de résistance douce. Dans un monde où tout se dématérialise, l’écrivain va toucher du pied ce qui fait tourner nos écrans, et rappelle que le cloud, lui aussi, tient sur des poteaux.
Qui est Philippe Vasset, lauréat du prix Médicis 2026 ?
Né en 1972, Philippe Vasset mène deux vies qui se répondent. Côté presse, c’est un journaliste spécialiste du renseignement économique : passé par un cabinet d’enquêtes américain, il a dirigé la rédaction d’Intelligence Online. Côté littérature, il s’est fait une spécialité des territoires que personne ne regarde, vous ne serez donc pas surpris par son amour des hautes lignes.
Dans Un livre blanc (Fayard, 2007), il arpentait déjà les zones laissées blanches sur les cartes de l’IGN afin de comprendre ce qui se cache derrière ces espaces vides. En 2013, il cofondait l’Atelier de géographie parallèle avec les artistes Xavier Courteix et Xavier Bismuth. Dans Une vie en l’air (Fayard, 2018), il partait sur les traces de l’aérotrain du Loiret, ce train du futur resté sur le quai.
Lauréat du prix du Jeune écrivain en 1993, il n’en était pas à son premier tour de piste au Médicis : La Conjuration (Fayard, 2013) et Une vie en l’air avaient tous deux atteint la deuxième sélection du prix.
Médicis étranger, essai, prix spécial : qu’en est-il du reste du palmarès ?
Côté roman étranger, le jury a distingué Eva Baltasar pour Déclin et fascination (Verdier), traduit du catalan par Annie Bats. On y suit une Barcelonaise qui perd son emploi, devient femme de ménage et s’installe dans une maison partagée sans chauffage. Le Médicis essai revient à Jean-Baptiste Del Amo pour Une éclaircie (Stock), récit d’une nuit passée en 2023 à Madrid sur les pas de Goya, entre le Prado et l’ermitage de San Antonio de la Florida, où l’écrivain revient sur la maladie qui a bouleversé sa vie et son écriture. Enfin, un prix spécial du jury salue Richard Zénith pour Pessoa, l’œuvre-vie (Seuil), biographie au long cours du poète portugais Fernando Pessoa.
La saison des prix, elle, se poursuit : les autres grands prix d’automne, Goncourt en tête, tombent dans la foulée. Mais si vous cherchez d’ores et déjà un autre lauréat de l’année à glisser dans votre pile, le Grand Prix du roman de l’Académie française 2026 est allé à Sébastien Lapaque pour Le Rappel des oiseaux.
Dans les grandes lignes n’est pas encore disponible sur carrefour.fr. Pour prolonger l’expérience de ce Médicis 2026, on vous propose un autre livre qui a fait la course avec lui jusqu’à la deuxième sélection : Nous aussi, d’Anne Godard, lauréat du prix Décembre.
Questions fréquentes
Qui a gagné le prix Médicis 2026 ?
Le prix Médicis 2026 a été attribué le lundi 2 novembre à Philippe Vasset pour Dans les grandes lignes, publié chez Flammarion. Il l’a emporté par cinq voix contre quatre face à Lucie Rico.
De quoi parle Dans les grandes lignes de Philippe Vasset ?
L’auteur y raconte comment il a suivi à pied, et sans carte, le tracé des lignes à très haute tension à travers la France, jusqu’aux Alpes et sous la mer du Nord. C’est à la fois un récit de marche, une exploration des paysages qu’on ne regarde jamais et une réflexion sur ce que l’électricité, trop souvent considérée comme acquise, fait aux territoires.
Qui a remporté le prix Médicis étranger 2026 ?
Le Médicis étranger 2026 revient à Eva Baltasar pour Déclin et fascination, paru chez Verdier dans une traduction du catalan d’Annie Bats. Le Médicis essai, lui, distingue Jean-Baptiste Del Amo pour Une éclaircie (Stock).
Qu’est-ce que le prix Médicis ?
Créé en 1958, le prix Médicis compte parmi les grands prix littéraires de l’automne. Il a vocation à récompenser un auteur dont la notoriété ne serait pas encore proportionnelle à son talent, et se décline en trois catégories : roman français, roman étranger (depuis 1970) et essai (depuis 1985).
Qui a gagné le prix Médicis 2025 ?
En 2025, le prix Médicis du roman français avait couronné Emmanuel Carrère pour Kolkhoze, publié chez P.O.L.