Couverture du livre Le Palais de François-Henri Désérable, aux éditions Gallimard, lauréat du prix Renaudot 2026

Book Club

Prix Renaudot 2026 : François-Henri Désérable sacré pour Le Palais, et tous ses livres à (re)découvrir

Photo de Mélissa Chevreuil Par Publié le Mis à jour le 9 min de lecture Book Club

© Gallimard

Ce mardi 3 novembre, chez Drouant, le jury Renaudot a levé son verre à la gloire du Palais, le roman d'un gamin des bidonvilles de Delhi devenu le plus filou des faussaires de grands crus. L'auteur, ancien hockeyeur professionnel (une belle histoire de reconversion comme on les aime), n'en est pas à son premier coup d'éclat. Voici ce que raconte le livre lauréat, et ce qu'il faut lire de lui ensuite pour prolonger le plaisir.

À retenir
  • Le prix Renaudot 2026 a été décerné le mardi 3 novembre à François-Henri Désérable pour Le Palais, publié chez Gallimard, au restaurant Drouant, à Paris, dans la foulée du Goncourt.
  • Le jury, présidé par Frédéric Beigbeder, l’a choisi par six voix contre quatre face à David Djaïz et son roman La Méthode (Stock).
  • Le Palais suit Arun Kumar, un enfant indien adopté par des restaurateurs de Beaune, doté d’un palais hors du commun qui fera de lui un faussaire de vins d’exception, de la Bourgogne à New York.
  • Né à Amiens en 1987, l’auteur avait déjà reçu le Grand Prix du roman de l’Académie française en 2021 pour Mon maître et mon vainqueur. Il signe là son septième ouvrage chez Gallimard.

Le roman lauréat est déjà disponible :

Le Palais – François-Henri Désérable

Le livre dont on parle

Le Palais – François-Henri Désérable

À partir de 23 €

Voir sur Carrefour.fr

Prix Renaudot 2026 : six voix contre quatre, et un jury qui a eu du nez (et un palais)

Le Goncourt venait à peine de tomber que le Renaudot rendait son verdict, comme le veut la tradition, dans les salons de Drouant. Face à François-Henri Désérable, cinq autres romans restaient en lice : La Méthode de David Djaïz (Stock), Stay Free de Patrice Jean (Le Cherche Midi), Un corps indocile d’Osvalde Lewat (Philippe Rey), Eugénie sous les bombes d’Anne Percin (Buchet-Chastel) et Heures sauvages de Marie Petitcuénot (Héloïse d’Ormesson). C’est finalement David Djaïz qui a fait durer le suspense, avec quatre voix. Honorable, mais pas assez pour renverser la table.

Désérable succède ainsi à Adélaïde de Clermont-Tonnerre, couronnée l’an dernier pour Je voulais vivre (Grasset). Et pour ceux qui tiennent les comptes de la saison des prix, il rejoint Philippe Vasset, sacré la veille au prix Médicis pour Dans les grandes lignes. Deux écrivains qui marchent, l’un sous les lignes à haute tension les plus oubliées de France, l’autre dans les vignes qui attirent tous les regards et toutes les convoitises. L’automne a décidément le goût du grand air.

Le Palais, de François-Henri Désérable : ce que raconte le roman lauréat

Couverture du livre Le Palais de François-Henri Désérable (Gallimard)
Le Palais, de François-Henri Désérable. © Gallimard

Arun Kumar arrive en Bourgogne le 12 juillet 1998. Le jour où tout le pays a les yeux rivés sur le Stade de France et le futur sacre face à un Brésil désenchanté, un petit garçon venu des bidonvilles de Delhi, vendu par sa mère puis recueilli dans un orphelinat, pose ses valises chez les Amiot, restaurateurs à Beaune. C’est dans la salle du restaurant familial qu’il découvre le vin, et surtout ce qu’il a dans la bouche : un palais absolu, capable de reconnaître à l’aveugle un cépage, un millésime, une parcelle. Une « cave intérieure » que les plus grands dégustateurs lui envieraient.

Ce don ouvre les portes des grands domaines, puis celles, plus massives, de la revanche. Après la mort de son mentor, le père de Margot, propriétaire du Clos des Toucans, Arun parcourt les vignobles du monde jusqu’à New York, où il devient un faussaire de très haut vol. Dans son viseur, Michael Waterman, critique tout-puissant qu’il tient pour responsable de bien des choses, et derrière lequel les amateurs reconnaîtront sans mal un célèbre gourou américain du vin.

Ce qui fait la saveur du Palais, c’est d’abord son sujet. Désérable l’a dit lui-même : il ne connaissait aucun grand roman dont le vin soit le personnage principal. Et qu’est-ce que fait un écrivain quand ce qu’il veut lire n’existe pas ? Eh bien, il l’écrit lui-même, évidemment. Il a donc décidé d’étudier le sujet, en s’inscrivant d’abord pour deux ans dans une école d’œnologie et en lisant tout ce qui lui tombait sous la main. Le résultat tient du roman d’apprentissage, du thriller d’escroc et de la satire sociale. Car à travers la trajectoire d’Arun, le livre interroge ce qu’on paie vraiment quand on achète une bouteille à plusieurs milliers d’euros : une saveur, une étiquette et sa renommée présumée, ou l’idée qu’on se fait de soi en la débouchant ?

Le faussaire, ici, n’est pas un vulgaire voyou. Il est celui qui révèle l’imposture d’un milieu fermé, où la spéculation a fini par compter plus que ce qu’il y a dans le verre. On pense forcément à l’affaire Rudy Kurniawan, ce faussaire qui a berné les plus grands collectionneurs américains. La construction, non chronologique, multiplie les clins d’œil, les digressions et les changements de registre, de la langue familière à l’imparfait du subjonctif. Avec, en filigrane, une vraie question de romancier : si personne ne fait la différence entre le vrai et le faux, qu’est-ce qui distingue encore le génie de l’escroquerie ? Un sujet que la littérature, art du mensonge vrai par excellence, connaît bien, et qui saurait parler à bien d’autres domaines, tant il est déclinable (on pensera à la parfumerie de niche ou à l’art de manière générale).

Qui est François-Henri Désérable, lauréat du prix Renaudot 2026 ?

Né à Amiens le 6 février 1987, François-Henri Désérable a d’abord eu une crosse à la main avant d’avoir un stylo. Formé chez les Gothiques d’Amiens, il a mené une carrière de hockeyeur professionnel jusqu’en 2016, tout en étudiant le droit. D’une vie à la Heated Rivalry à celle de romancier à succès, finalement, il n’y a qu’un pas en patins à glace.

Cette reconversion trahit aussi sa bougeotte : en treize ans, il est passé du récit historique au roman, de l’enquête littéraire au récit de voyage, sans jamais refaire deux fois le même livre. Son premier projet lui vaut le prix de la Vocation, Évariste le prix des lecteurs de L’Express, et Un certain M. Piekielny figure en 2017 dans les sélections de tous les grands prix d’automne. Le Renaudot vient couronner un parcours que les jurés suivaient de près depuis longtemps, et que nous avions déjà repéré en glissant Le Palais dans notre sélection de romans pour voyager sans bouger de votre canapé.

Les autres livres de François-Henri Désérable : par lequel commencer ?

Tu montreras ma tête au peuple (2013)

Couverture de Tu montreras ma tête au peuple de François-Henri Désérable (Folio)
Tu montreras ma tête au peuple, de François-Henri Désérable. © Folio

Le titre reprend les derniers mots attribués à Danton sur l’échafaud, et donne le ton. Dans ce premier livre, Désérable raconte les ultimes instants de grandes figures de la Révolution française, de ceux qui ont fait tomber des têtes avant de perdre la leur. Un premier livre qui sent la poudre et la guillotine, primé par le prix de la Vocation.

Évariste (2015)

Couverture d’Évariste de François-Henri Désérable (Folio)
Évariste, de François-Henri Désérable. © Folio

Évariste Galois est un génie des mathématiques mort en duel à 20 ans, en 1832, après avoir passé la nuit précédente à griffonner des théories qui occuperont les chercheurs pendant les décennies à suivre. Désérable en fait un roman fiévreux, presque une course contre la montre, qui transforme un nom de manuel scolaire un peu soporifique pour certains élèves en héros romantique, voire tragique. Pas besoin d’aimer les équations pour s’y plonger, et c’est aussi là toute la magie de la romance et des mots bien choisis.

Un certain M. Piekielny (2017)

Couverture d’Un certain M. Piekielny de François-Henri Désérable (Folio)
Un certain M. Piekielny, de François-Henri Désérable. © Folio

Dans La Promesse de l’aube, Romain Gary raconte qu’enfant, à Wilno, il avait promis à son voisin de dire aux grands de ce monde qu’« un certain Monsieur Piekielny » avait vécu là. Désérable est allé à Vilnius chercher ce fameux voisin. Il n’en a trouvé aucune trace, mais il a trouvé autre chose : l’histoire d’une ville et de ses dizaines de milliers de Juifs assassinés pendant la guerre. Une enquête littéraire où le vrai et le faux se répondent déjà, comme un brouillon lointain du Palais.

Mon maître et mon vainqueur (2021)

Couverture de Mon maître et mon vainqueur de François-Henri Désérable (Folio)
Mon maître et mon vainqueur, de François-Henri Désérable. © Folio

Le roman s’ouvre dans le bureau d’un juge d’instruction, où le narrateur raconte l’histoire de son meilleur ami, Vasco, conservateur à la BnF, fou amoureux de Tina, mère de jumeaux et fiancée à un ancien hockeyeur (tiens, tiens, on y est). Au programme : le revolver avec lequel Verlaine a tiré sur Rimbaud, un cœur de Voltaire subtilisé et des poèmes lus par un magistrat amateur de vers. Le titre vient de Verlaine, et le roman a décroché le Grand Prix du roman de l’Académie française, un prix qu’on retrouve cette année du côté de Sébastien Lapaque et Le Rappel des oiseaux.

L’Usure d’un monde. Une traversée de l’Iran (2023)

Couverture de L'Usure d'un monde de François-Henri Désérable (Folio)
L’Usure d’un monde, de François-Henri Désérable. © Folio

Fin 2022, alors que l’Iran se soulève après la mort de Mahsa Amini, arrêtée par la police des mœurs, Désérable part sur les traces de Nicolas Bouvier et de L’Usage du monde, livre culte qu’il avait lu à 25 ans. Il en rapporte un récit de voyage au cœur d’un pays en révolte, entre rencontres, peur et colère. Le livre existe désormais en poche, chez Folio, ce qui en fait la porte d’entrée la plus accessible de son œuvre.

Le livre dont on parle

L’Usure d’un monde, Folio – François-Henri Désérable

À partir de 8,10 €

Voir sur Carrefour.fr

Chagrin d’un chant inachevé (2025)

Couverture de Chagrin d'un chant inachevé de François-Henri Désérable (Gallimard)
Chagrin d’un chant inachevé, de François-Henri Désérable. © Gallimard

Plutôt que d’acheter un appartement comme on le lui conseillait, l’auteur a préféré investir dans un voyage : cinq mois à travers l’Amérique du Sud, de Buenos Aires à Caracas, en moto, en stop et en bateau, sur la route empruntée par Ernesto Guevara et Alberto Granado, pour voir ce que beaucoup considèrent comme les plus beaux paysages du monde. Un récit de route qui parle autant de la jeunesse du Che que de la sienne, et qui prouve qu’il vaut parfois mieux parcourir le monde que rembourser un prêt.

Si vous ne deviez en lire qu’un après Le Palais, prenez Mon maître et mon vainqueur : c’est le roman qui ressemble le plus au livre lauréat, avec la même fantaisie érudite et le même goût pour les objets mythiques et les affaires qui trempent dans la malhonnêteté.

Pour découvrir le roman lauréat du prix Renaudot 2026 :

Le Palais – François-Henri Désérable

Le livre dont on parle

Le Palais – François-Henri Désérable

À partir de 23 €

Voir sur Carrefour.fr

Questions fréquentes

Qui a gagné le prix Renaudot 2026 ?

Le prix Renaudot 2026 a été attribué le mardi 3 novembre à François-Henri Désérable pour Le Palais, publié chez Gallimard. Il l’a emporté par six voix contre quatre face à David Djaïz, auteur de La Méthode (Stock).

De quoi parle Le Palais de François-Henri Désérable ?

Le roman suit Arun Kumar, un enfant des bidonvilles de Delhi adopté par une famille de restaurateurs de Beaune. Doté d’un palais exceptionnel, il devient un dégustateur hors pair, puis un faussaire de grands vins à New York, porté par un désir de revanche sur le milieu fermé des collectionneurs.

Quels étaient les finalistes du prix Renaudot 2026 ?

Face à François-Henri Désérable, la dernière sélection réunissait David Djaïz (La Méthode, Stock), Patrice Jean (Stay Free, Le Cherche Midi), Osvalde Lewat (Un corps indocile, Philippe Rey), Anne Percin (Eugénie sous les bombes, Buchet-Chastel) et Marie Petitcuénot (Heures sauvages, Héloïse d’Ormesson).

Quels sont les autres livres de François-Henri Désérable ?

Avant Le Palais, il a publié chez Gallimard Tu montreras ma tête au peuple (2013), Évariste (2015), Un certain M. Piekielny (2017), Mon maître et mon vainqueur (2021, Grand Prix du roman de l’Académie française), L’Usure d’un monde (2023) et Chagrin d’un chant inachevé (2025).

Qui a gagné le prix Renaudot 2025 ?

En 2025, le prix Renaudot avait récompensé Adélaïde de Clermont-Tonnerre pour Je voulais vivre, publié chez Grasset.

Cet article t’a plu ? Partage-le

À lire

Voir en rayon
N°1 Livre Les cinq piliers de la sagesse – Frédéric Lenoir
19,90 € Voir
N°2 Palazzo – Danielle Steel
8,70 € Voir
N°3 BD Les Sisters Mode D’emploi BAMBOO BAMBOO
11,90 € Voir
N°4 Estelle et Noé découvrent les dinosaures – Exclusivité Carrefour
1 € Voir
N°5 Les ateliers des bizarres – Crée ton héros avec Mortelle Adèle
13,95 € Voir
N°6 Livre Tous les silences ne font pas le même bruit – Baptiste Beaulieu
8,90 € Voir